Le projet d’annexion de pans de la Cisjordanie occupée

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La Ligue arabe tient jeudi une réunion extraordinaire par visio-conférence, à la demande de l’Autorité palestinienne, pour discuter du projet d’annexion de pans de la Cisjordanie occupée par Israël.

Voici l’état des lieux depuis l’annonce du plan américain pour le Proche-Orient qui prévoit l’annexion par Israël de pans du territoire palestinien.

– Que dit le plan Trump pour le Proche-Orient ? –

Fin janvier, le président américain Donald Trump a convié à la Maison Blanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et Benny Gantz, alors son rival électoral, pour annoncer son projet de règlement du conflit israélo-palestinien.

Le projet prévoit de faire de Jérusalem la capitale “indivisible” d’Israël et l’annexion par l’Etat hébreu de la vallée du Jourdain et des plus de 130 colonies juives en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par Israël.

En vertu des accords d’Oslo signés dans les années 1990 par Israéliens et Palestiniens, la Cisjordanie est divisée en secteurs A, B et C. La zone C, sous contrôle exclusivement israélien, constitue environ 60% du territoire.

Or les colonies, où vivent plus de 450.000 Israéliens, et la vallée du Jourdain, langue de terres agricoles entre le lac de Tibériade et la mer Morte qui compte pour près de 30% de la Cisjordanie, se situent essentiellement dans cette zone C.

L’annexion de ces territoires signifie qu’ils feraient officiellement partie d’Israël qui étendrait ainsi sa frontière orientale à la Jordanie.

Elle consacrerait la fragmentation de la Cisjordanie, qui deviendrait un territoire palestinien sans continuité avec par exemple une ville comme Jéricho qui se retrouverait enclavée.

Le plan américain prévoit un Etat palestinien établi sur ce qu’il resterait de la Cisjordanie et la bande de Gaza, deux territoires palestiniens séparés par Israël qui seraient reliés par un “corridor”.

Il propose que la capitale palestinienne soit à Abou Dis, un faubourg de Jérusalem. Or, les Palestiniens veulent leur capitale dans le secteur Est de la ville sainte, occupé depuis 1967 par Israël.

– Les positions américaine et israélienne ont-elles évolué ? –

Dans les heures ayant suivi l’annonce du plan, l’ambassadeur américain en Israël avait suggéré que l’Etat hébreu pouvait annexer “sans attendre” ces pans de la Cisjordanie. L’architecte du projet, Jared Kushner, gendre et conseiller du président Trump, avait temporisé disant vouloir attendre après les élections israéliennes du 2 mars dernier.

MM. Gantz et Netanyahu, n’ayant pas réussi à former de gouvernement avec leurs alliés respectifs à l’issue du scrutin, se sont finalement entendus la semaine dernière sur un gouvernement d’union.

Concernant le plan Trump, ils ont convenu d’agir “de manière coordonnée” et “avec l’accord complet des Etats-Unis”, tout en favorisant la “stabilité régionale”, le “maintien des accords de paix” et la signature de “futurs accords de paix”.

Quatre éléments sont ici à noter.

Israël a signé des accords de paix avec la Jordanie et l’Egypte, tandis que les accords d’Oslo structurent ses relations actuelles avec l’Autorité palestinienne.

Peu après l’annonce en Israël d’une entente sur un gouvernement d’union, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a indiqué qu’en “dernier ressort” la décision d’annexer des parties de la Cisjordanie “revenait à Israël”.

Le plan Trump doit être soumis à partir du 1er juillet “au gouvernement et/ou au Parlement israélien”, dit l’accord conclu entre MM. Gantz et Netanyahu. Ce dernier s’était engagé à annexer des pans de Cisjordanie et dans son camp certains plaident pour une annexion unilatérale, mais Benny Gantz a mis en garde contre des mesures précipitées.

Enfin, sans consensus sur la question, les partis israéliens pourraient s’entendre sur le rattachement à Israël de colonies en périphérie de Jérusalem comme celle de Maalé Adoumim, estiment des observateurs.

– Quelle est la réaction des Palestiniens ? –

Les Palestiniens ont rejeté le plan Trump, tenté de mobiliser leurs appuis à l’étranger et menacé de mettre fin à leur coopération sécuritaire avec Israël.

Le plan américain correspond pour eux, de même que pour nombre de pays et l’envoyé de l’ONU pour le Proche-Orient, à la fin de la solution à deux Etats, prévoyant un Etat palestinien viable aux côtés d’Israël, préconisée par la communauté internationale.

Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne qui siège à Ramallah (Cisjordanie), a réitéré sa menace de revenir sur les accords signés avec Israël s’il allait de l’avant avec son projet d’annexion. Et une annexion unilatérale pourrait favoriser les violences estiment des experts.

Pour freiner le projet d’annexion, les Palestiniens tentent de mobiliser les pays arabes, notamment l’Egypte et la Jordanie ou des monarchies du Golfe qui se sont rapprochés de l’Etat hébreu ces dernières années.

Ils ont aussi dit vouloir impliquer le président russe Vladimir Poutine en vue d’une conférence de paix internationale sur le Proche-Orient.

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