Le sud de l’Irak paralysé au lendemain d’une journée sanglante

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En travers des routes, devant les administrations et non loin de lieux saints, d’importantes colonnes de fumée noire s’élèvent dans le sud de l’Irak où la mobilisation s’intensifie pour renverser le pouvoir, en dépit des violences meurtrières.

Avec des pneus brûlés, les Irakiens disent leur ras-le-bol à des dirigeants qu’ils jugent corrompus et incompétents et ne leur ont présenté aucune réforme majeure en deux mois de ce qui est devenu la pire crise sociale de l’histoire récente de l’Irak, marquée par des violences qui ont fait plus de 350 morts.

Mercredi, en prévention, les autorités religieuses de la ville sainte chiite de Kerbala ont décrété la fermeture pour deux jours des écoles maternelles, primaires et secondaires qu’elles tiennent dans diverses villes du Sud. Et les administrations à Nassiriya, une autre ville du Sud, seront fermées deux jours.

Car mardi a marqué un tournant à Kerbala et ailleurs. Des villes jusqu’ici épargnées par la violence ont été gagnées par les affrontements de jour comme de nuit. Deux manifestants ont été tués, l’un dans le coeur historique de Bagdad devenu champ de bataille et l’autre à Kerbala.

A Bagdad également, des attaques à la moto piégée, des attentats pourtant devenus rares ces derniers mois, ont fait six morts.

Mais rien n’y fait: mercredi, les manifestants ont de nouveau bloqué routes, écoles et administrations pour se faire entendre dans l’un des pays les plus riches en pétrole du monde. Mais aussi l’un des plus corrompus.

Ce qu’ils veulent, c’est une refonte totale du système politique et le renouvellement complet de leurs dirigeants qui en 16 ans ont fait s’évaporer l’équivalent de deux fois le PIB du pays, soient 410 milliards d’euros perdus dans la corruption, selon les chiffres officiels.

– “16 années de chaos” –

Depuis le 1er octobre, plus de 350 personnes, la plupart des manifestants, ont été tuées dans ce premier mouvement de contestation spontané depuis des décennies, selon un bilan compilé par l’AFP à partir de sources médicales et de sécurité.

Les autorités ont cessé de communiquer le nombre des morts et des blessés -plus de 15.000 au dernier recensement officiel.

A al-Hilla, la désobéissance civile pacifique a basculé mardi dans la violence. En deux jours, une centaine de blessés ont été recensés par les médecins, tous touchés par les barrages de lacrymogène des forces de l’ordre.

Là, comme à Najaf, Kout ou Diwaniya, écoles et administrations sont fermées. Dans ces villes comme dans l’immense cité pétrolière de Bassora à la pointe sud de l’Irak, toutefois, les forces de sécurité se sont retirées et aucune violence n’a été signalée jusque-là, ont constaté des correspondants de l’AFP.

“Le gouvernement a perdu toute légitimité, on ne veut pas d’eux, tous les jours ils se réunissent soi-disant pour discuter nos revendications, mais nous, on n’attend rien d’eux”, a lancé un manifestant à l’AFP à Bassora.

Le ressentiment est particulièrement fort dans cette ville qui recèle en son sol la majorité des réserves en or noir de l’Irak, deuxième producteur de l’Opep.

Ici, renchérit un autre manifestant, depuis la chute du dictateur Saddam Hussein dans la foulée de l’invasion américaine en 2003, “ça fait 16 ans qu’on vit dans le chaos et la corruption. Bassora devrait être une ville riche mais elle est devenue une déchetterie”.

– Pétrole –

Le pétrole, unique ressource en devise du pays et qui représente 90% des recettes d’un gouvernement surendetté, est le talon d’Achille du pouvoir.

Ce dernier, après avoir tremblé un temps au début de la contestation, a renforcé son assise, aidé par l’Iran voisin, conspué par la rue qui voit en lui l’architecte du système rongé par le népotisme.

A Nassiriya, par exemple, un sit-in a bloqué l’accès à la branche locale de la compagnie publique du pétrole. Mais jusqu’ici les manifestants ne sont pas parvenus à atteindre la production ou la distribution de pétrole.

A Bagdad, jeunes manifestants casqués et visages couverts par des foulards pour éviter de suffoquer sous le lacrymogène et policiers s’observent des deux côtés des murs de béton barrant des rues commerçantes autrefois bondées.

L’emblématique place Tahrir voisine ne s’est pas vidée de la nuit, des milliers d’Irakiens y célébrant leur victoire au foot sur le Qatar.

Au moment même où les motos piégées explosaient ailleurs dans la capitale.

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