Législatives au Danemark: une alternance sociale-démocrate en vue

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Les Danois votaient mercredi pour des législatives qui devraient “verdir” le paysage politique du royaume scandinave et signer le retour aux affaires des sociaux-démocrates, convertis à la rigueur migratoire dans un pays sous influence de la droite populiste depuis deux décennies.

Les 4,2 millions d’électeurs du Danemark, membre de l’Union européenne mais pas de la zone euro, ont jusqu’à 20H00 (18H00 GMT) pour prendre part au scrutin proportionnel à un tour. A 16h00, plus de 60% du corps électoral s’était déjà déplacé.

Les sondages créditent les sociaux-démocrates de Mette Frederiksen de 27,2% des suffrages, une avance confortable de près de 10 points sur le parti de l’actuel Premier ministre et chef des libéraux, Lars Løkke Rasmussen, qui ont gouverné le pays pendant 14 des 18 dernières années.

Les sociaux-démocrates étaient déjà le premier parti danois en 2015 mais ils devraient cette fois pouvoir compter à gauche sur des forces d’appoint qui progressent à la fois chez les écolos et l’extrême gauche, même si Mette Frederiksen veut gouverner seule un cabinet minoritaire.

De l’autre côté du spectre politique, deux partis classés à l’extrême droite progressent et pourraient faire leur entrée au parlement, profitant d’un recul du bloc de droite sortant et de l’effondrement du Parti populaire danois (DF), formation populiste anti-immigration désormais trop “institutionnalisée” pour les électeurs les plus radicaux.

Le chef du gouvernement a voté sous le soleil à la mi-journée dans le centre-ville de Copenhague. “Le seul sondage qui ait vraiment de l’importance, c’est le résultat final”, a-t-il dit, prudent, à la presse, vantant son bilan économique et migratoire.

Le Danemark bénéficie de fait d’une croissance robuste (2,2% sur un an au premier trimestre), de finances publiques saines et d’une situation de quasi plein-emploi, avec 3,7% de chômeurs.

Sa rivale sociale-démocrate avait voté un peu plus tôt dans la matinée. “Certains électeurs sociaux-démocrates avaient délaissé le parti car ils n’approuvaient pas notre politique migratoire, et reviennent maintenant”, a avancé Mme Frederiksen, 41 ans.

– Priorité au climat –

Pour la première fois, la question du climat a supplanté l’immigration comme première préoccupation des électeurs.

“Pour moi, le sujet principal de cette élection était l’environnement et le climat, et au second plan c’est le système de santé”, a dit à l’AFP Christian Kork, un électeur de 44 ans.

Les écologistes du Parti populaire socialiste, traditionnel soutien des sociaux-démocrates, pourraient doubler leur score, de 4,2 à 8,3% des votes, d’après les enquêtes d’opinion.

Les sociaux-démocrates, qui ont ignoré l’appel de l’actuel Premier ministre libéral à constituer un gouvernement entre les deux blocs, sont susceptibles de collaborer avec la droite sur les questions migratoires, et la gauche dans les autres dossiers.

Le morcellement du paysage politique pourrait toutefois les contraindre à nouer des alliances plus pérennes pour assurer la stabilité de l’exécutif.

Adossés à une conjoncture économique favorable, ils promettent d’arrêter les coupes budgétaires dans la santé et l’éducation.

Mais cette défense de l’Etat-providence va de pair avec la poursuite d’une politique restrictive à l’égard des étrangers, telle qu’elle a été dictée par le Parti populaire danois.

– L’immigration en filigrane –

Depuis 2001, le parti a chèrement monnayé son soutien aux gouvernements libéraux dans la petite monarchie parlementaire de 5,8 millions d’habitants, dont près de 10% sont nés à l’étranger.

Deuxième parti en 2015 avec 21,1% des suffrages, les populistes avaient hérité de la présidence du Parlement. Mais dans les sondages, ils dégringolent à 10,7% des intentions de vote.

“Avec sa ligne dure sur les étrangers, Mette Frederiksen a anesthésié DF”, estime l’analyste Anja Westphal, de la télévision publique DR.

“Nous pensons que le Danemark et les autres pays ont la responsabilité d’aider les gens dans le besoin, mais il y a une limite au nombre de personnes qui peuvent venir”, justifie Nicolai Wammen, numéro deux social-démocrate.

Autre enseignement attendu du scrutin, la possible entrée au parlement de deux formations d’extrême droite – dont l’une veut interdire l’islam – et la poussée de deux partis de gauche, tenants pour leur part d’un assouplissement de la politique migratoire.

Le Parlement danois compte 179 élus. Pour espérer y entrer, un parti doit rassembler au moins 2% des votes.

La participation électorale est traditionnellement élevée au Danemark. En 2015, 85,9% des électeurs étaient allés voter.