L’Egypte pleure ses 305 morts dans l’attentat contre une mosquée

0
540

Funérailles, prières, bandeaux noirs dans les médias: l’Egypte pleurait samedi les 305 personnes tuées dans une mosquée du Sinaï, l’attentat le plus sanglant dans l’histoire récente du pays.

Le Parquet a indiqué qu’une trentaine d’hommes armés portant la bannière noire du groupe jihadiste Etat islamique (EI) avaient pris part vendredi au massacre des fidèles à 40 km à l’ouest d’Al-Arich, capitale de la province du Nord-Sinaï (est).

Les assaillants ont fait exploser une bombe avant de tirer à l’arme automatique sur les fidèles dans la mosquée al-Rawda dans le village de Bir al-Abd, selon la même source.

L’attaque, rarissime dans une mosquée en Egypte, a laissé le pays en état de choc et n’a pas encore été revendiquée. C’est l’une des plus meurtrières dans le monde depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Toutes les victimes ont été inhumées samedi. L’attentat survenu lors de la prière s’est soldé par au moins 305 morts, dont 27 enfants, et 128 blessés, selon un dernier bilan officiel.

Quelques heures après la promesse du président Abdel Fattah al-Sissi de “venger les martyrs”, l’armée a procédé à des frappes nocturnes dans la zone de l’attaque, où les forces de sécurité combattent la branche égyptienne de l’EI.

Les avions ont visé “des véhicules utilisés dans l’attaque terroriste, tuant leurs occupants”, a indiqué un porte-parole.

– ‘Terrorisme dans la maison de Dieu’ –

A l’aube, des milliers d’habitants de Mit Habib, un village voisin du lieu de l’attaque, ont assisté aux funérailles du directeur de l’école de Bir al-Abd, Al-Said Abou Eitta, et de son fils Ahmed, tués dans la mosquée.

Les corps portés sur les épaules, ils ont scandé en larmes: “Il n’y a de Dieu qu’Allah, le martyr est l’aimé de Dieu”. Des funérailles ont eu lieu dans toute la région.

A Ismaïlia, ville proche du canal de Suez dans le nord-est du pays, où les blessés ont été hospitalisés, les proches se pressaient aux abords de l’hôpital, attendant désespérément des nouvelles.

“Le terrorisme dans la maison de Dieu”, ont déploré les médias qui arboraient des bandeaux noirs en signe de deuil.

Toutes les mosquées du pays ont dédié leurs prières aux “martyrs”, alors que M. Sissi a appelé les forces armées à édifier un mémorial en leur hommage selon les médias d’Etat.

D’après des témoins, les assaillants ont encerclé la mosquée avec des véhicules tout-terrain avant de poser une bombe à l’extérieur du bâtiment. Après l’explosion de la bombe, ils ont tiré sur les fidèles paniqués qui tentaient de fuir et mis le feu aux véhicules de ces derniers afin de bloquer les routes.

Les hommes armés “portaient des masques et des uniformes militaires”, a raconté à l’AFP Magdy Rizk, blessé dans l’attaque, ajoutant que les familles vivant dans cette zone majoritairement soufie avaient déjà subi des menaces de groupes extrémistes.

– Menaces –

“C’est la plus grande mosquée du village et vendredi entre 600 à 800 fidèles étaient à l’intérieur, dont des hommes, des enfants et des personnes âgées”, a raconté à l’AFP Ahmed Swailem dont des cousins vivent dans le village.

La mosquée al-Rawda est fréquentée par des adeptes du soufisme, un courant mystique de l’islam honni par l’EI qui considère les soufis comme des hérétiques et polythéistes, le plus grand péché de l’islam.

L’attaque a été condamnée par de nombreux pays étrangers dont les Etats-Unis, la Russie, la France, la Grande-Bretagne, l’Iran ou l’Arabie saoudite.

Le grand imam d’Al-Azhar, principale institution de l’islam sunnite, le cheikh Ahmed el-Tayeb, lui-même d’obédience soufie, a condamné “l’attaque terroriste barbare”, et le pape François s’est dit “profondément attristé par les pertes humaines”.

La branche égyptienne de l’EI mène régulièrement des attaques contre les forces de sécurité dans la péninsule du Sinaï, qui borde Israël et la bande de Gaza palestinienne, bien que la fréquence de ces attaques ait diminué ces derniers mois.

Les jihadistes se sont tournés vers des cibles civiles, attaquant non seulement des chrétiens et des soufis mais aussi des habitants bédouins du Sinaï accusés de collaborer avec l’armée.

La précédente attaque la plus meurtrière en Egypte remonte à octobre 2015, lorsqu’un attentat à la bombe revendiqué par la branche égyptienne de l’EI a coûté la vie aux 224 occupants d’un avion russe après son décollage de Charm el-Cheikh, station balnéaire du Sinaï.

Depuis que l’armée, alors dirigée par le général Sissi, a destitué en 2013 le président démocratiquement élu Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, des groupes extrémistes, notamment l’EI, ont multiplié les attentats contre militaires et policiers.

L’état d’urgence, décrété en avril après des attentats anticopte sen Egypte, a été prolongé en octobre pour trois mois. Le régime de M. Sissi est très critiqué par les défenseurs des droits de l’Homme qui l’accusent de museler toute forme d’opposition.

© 2017 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP.