Les eaux britanniques riches en poissons, et en tensions

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A l’origine des tensions des derniers jours entre la France et le Royaume-Uni autour de la pêche: l’accès aux eaux britanniques, particulièrement riches en poissons.

L’accord conclu fin 2020 sur le Brexit promet certes que l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques sera maintenu, mais avec l’épée de Damoclès de renégociations annuelles à partir de 2026. Et Paris accuse Londres d’avoir de facto déjà commencé à barricader ses eaux, en imposant de nouvelles exigences parfois très restrictives par rapport aux anciens usages.

Des eaux riches en poissons

Les eaux britanniques sont riches en ressources halieutiques, du fait de mécanismes biologiques.

Les oeufs de poissons s’installent le long des côtes françaises et jusqu’au Danemark, zones nourricières car assez peu profondes et sableuses. “Quand ils deviennent adultes, ils partent vers les eaux un peu plus profondes, plus froides et plus oxygénées du nord”, selon l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Dans les eaux britanniques, donc.

Un phénomène accentué par le changement climatique et particulièrement sensible pour le cabillaud et la plie, espèces très présentes en mer du Nord.

La Manche, où se trouvent les îles anglo-normandes et notamment Jersey, est une zone de transition entre l’océan Atlantique et la mer du Nord et constitue une “succession d’habitats spécifiques” pour certaines espèces, selon l’Ifremer.

“On ne peut pas dire qu’il y ait des stocks particuliers des eaux de Jersey”, a expliqué à l’AFP Eric Foucher, chercheur halieute à l’Ifremer.

Ces eaux constituent une partie du stock de pêche de la Manche-Ouest, qui s’étend de Cherbourg jusqu’à la pointe bretonne, côté français et de l’Ile de Wight jusqu’au sud de la Cornouaille côté britannique.

On y trouve des bulots, des gros crustacés comme le tourteau, le homard ou l’araignée de mer, des céphalopodes comme la seiche, et un certain nombre de poissons, comme la raie, la sole, la daurade grise.

Parmi les espèces les plus convoitées, la coquille Saint-Jacques. Si les pêcheurs de Jersey incriminent parfois les prélèvements de la pêche française dans la zone de la Corbière, au sud-Ouest de Jersey, où des fonds sablo-graveleux constituent un habitat rêvé pour le goûteux mollusque, les larves “proviennent pour 80%, voire 90% de la baie de Saint-Brieuc” par le jeu des courants, rappelle M. Foucher.

En outre, “ça fait 45 ans qu’on suit ces stocks et on a atteint un niveau record, donc ça veut dire que les stocks sont bien gérés”, a-t-il ajouté.

Le délicat partage de la ressource

Un quart des prises françaises en volume (environ 20% en valeur) proviennent des eaux britanniques. La dépendance est encore plus forte pour la Belgique (50% de ses prises en valeur), l’Irlande (35%), le Danemark (30%) et les Pays-Bas (28%), selon des chiffres 2011-2015.

Les principales espèces sont des poissons pélagiques (de haute mer): hareng, maquereau, merlan…. auxquelles s’ajoutent quelques espèces démersales (proches des fonds): sole, plie, lieu noir.

Les prises des pêcheurs de l’UE dans les eaux britanniques pèsent quelque 650 millions d’euros chaque année.

Dans le cadre de l’accord post-Brexit, les flottes européennes renonceront à 25% de leurs captures dans les eaux britanniques à l’issue d’une période de transition courant jusqu’en juin 2026. Cet accès sera ensuite renégocié annuellement.

De quoi inquiéter le secteur, qui estime que cela empêchera toute visibilité et bloquera les investissements.

De plus, le gouvernement et les pêcheurs français reprochent à Londres de durcir les conditions d’accès aux eaux britanniques en délivrant les licences au compte-gouttes.

Pour obtenir leur licence, les navires français doivent ainsi prouver qu’ils pêchaient déjà dans cette zone sur la période de référence 2012-2016, ce qui peut s’avérer compliqué pour les bateaux les plus petits, pas forcément équipés de systèmes d’enregistrement et de géolocalisation.

Autre écueil: quand un navire est récent, entré en flotte depuis 2016, il faut prouver que le bateau qu’il remplace naviguait dans les eaux britannique.

Selon le ministère français de la Mer, la France a jusqu’ici reçu 88 licences, sur 163 demandées. Et pour pêcher à Jersey, 41 licences ont été accordées sur 344 demandes formulées. Selon Paris, ces 41 licences s’accompagnent de nouvelles exigences “inadmissibles”.

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