Les Palestiniens veulent une conférence de l’ONU, l’unilatéralisme de Trump encore décrié

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Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a réclamé vendredi à l’ONU une conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien juste après l’élection présidentielle aux Etats-Unis, dans un nouveau geste de défi à l’unilatéralisme de l’ère Trump.

“J’appelle le secrétaire général des Nations unies à commencer les préparatifs” pour “une conférence internationale en début d’année prochaine qui réunisse toutes les parties concernées”, a déclaré Mahmoud Abbas lors de son intervention par vidéo à l’Assemblée générale annuelle de l’organisation mondiale.

“Cette conférence doit avoir toute l’autorité nécessaire pour lancer un processus de paix sincère sur la base du droit international”, en vue de “mettre fin à l’occupation” israélienne et “garantir au peuple palestinien son indépendance et sa liberté dans son propre Etat”, a-t-il plaidé.

Assis à son bureau, derrière une plaque estampillée “Etat de Palestine”, le dirigeant qui n’a qu’un statut d’observateur à l’ONU n’a pas caché que sa demande était une réponse au plan de paix du président américain Donald Trump.

“Le monde entier a rejeté” ce plan présenté en début d’année, qui va “à l’encontre de toutes les résolutions internationales” et ne prévoit qu’un Etat palestinien réduit à sa part congrue, a-t-il martelé.

“Par son agression, Israël a renié tous les accords qu’il a signés et a sapé la solution à deux Etats”, a jugé Mahmoud Abbas. “Par ses actes unilatéraux et irresponsables, il est en train de détruire les dernières chances de paix”, a-t-il ajouté.

Mais le dirigeant palestinien, chef du mouvement Fatah, a aussi vivement critiqué les accords historiques conclus ces dernières semaines par l’Etat hébreu et deux pays arabes du Golfe, les Emirats arabes unis et Bahreïn, sous l’égide du président des Etats-Unis.

Les islamistes du Hamas et leurs rivaux laïques du Fatah se sont entendus jeudi sur l’organisation “d’ici six mois” des premières élections palestiniennes en 15 ans, dans un contexte marqué par une volonté “d’union” contre la normalisation des relations entre Israël et des pays arabes.

– Donner de la voix –

Déjà très remonté contre le milliardaire républicain depuis qu’il a multiplié les décisions unilatérales favorables à l’Etat hébreu, le président de l’Autorité palestinienne ne décolère pas depuis ces accords qui brisent le consensus arabe interdisant en principe de reconnaître Israël tant qu’un Etat palestinien n’aura pas vu le jour.

Directement dénoncé ou seulement en creux, le cavalier seul de l’administration Trump est omniprésent cette année lors de la grand-messe diplomatique de l’ONU organisée de manière virtuelle en raison de la pandémie de Covid-19.

Avant même l’ouverture de l’Assemblée générale, Washington s’était retrouvé isolé en proclamant, envers et contre toutes les autres grandes puissances, que les sanctions de l’ONU contre l’Iran étaient de retour au nom d’une procédure déclenchée par les Américains eux-mêmes mais contestée à l’unisson par le reste du monde.

Puis, la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine, les deux premières puissances de la planète, s’est traduite par des accusations mutuelles en plein jour sur la gestion du coronavirus ou l’environnement, dans un climat de nouvelle Guerre froide déploré par le secrétaire général des Nations unis Antonio Guterres.

Vendredi, c’est le pape François qui a donné de la voix.

“Nous devons mettre un terme à l’actuel climat de méfiance. Nous affrontons à l’heure actuelle une érosion du multilatéralisme qui est d’autant plus grave qu’elle se produit à un moment où de nouvelles technologies militaires se développent”, a-t-il prévenu, sans citer les pays responsables.

Le souverain pontife a aussi appelé à un” allègement des sanctions internationales”, qui selon lui frappent d’abord les populations civiles, au moment où Donald Trump, plus que tous ses précédesseurs, a fait de la “pression maximale” grâce à ces mesures punitives sa principale arme contre les adversaires des Etats-Unis.

En marge de l’Assemblée, la France et l’Allemagne ont organisé vendredi une nouvelle réunion de leur “Alliance pour le multilatéralisme” lancée il y a un an avec l’objectif à peine voilé de contrer le désengagement américain.

“Le Covid-19 a confirmé la raison d’être de l’Alliance pour le multilatéralisme: aucun pays ne peut remporter tout seul le combat contre la pandémie ou le changement climatique”, a lancé le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas.

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