Les parents du journaliste bélarusse arrêté lancent un appel aux Occidentaux

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Les parents de Roman Protassevitch, le jeune journaliste dissident incarcéré au Bélarus après le détournement de son vol Athènes-Vilnius, ont lancé jeudi un appel à l’aide, recevant le soutien des pays du G7 face au président Loukachenko appuyé par Moscou.

“Je veux que vous entendiez mon cri, le cri de mon âme, afin que vous compreniez à quel point c’est difficile pour nous maintenant”, a déclaré Natalia Protassevitch, la mère du journaliste de 26 ans qui encourt une lourde peine de prison, lors d’une conférence de presse à Varsovie.

“Je veux que vous transmettiez notre demande partout à travers le monde, aux représentants des gouvernements, aux pays de l’UE, aux dirigeants de l’UE, aux dirigeants américains: je crie, je vous en supplie, aidez-moi à libérer mon fils”, a-t-elle lancé aux journalistes.

Le père de Roman, Dmitri, a estimé que son fils était “un héros”.

Les parents du journaliste, eux-mêmes exilés à Varsovie depuis la répression lancée au Bélarus l’année dernière, restent sans aucun contact avec leur fils depuis son arrestation dimanche à l’aéroport de Minsk.

A Londres, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont condamné “avec la plus grande fermeté” l’arrestation du journaliste et de sa compagne et ont exigé leur “libération immédiate et inconditionnelle”, ainsi que celle des autres journalistes et prisonniers politiques dans le pays.

– Sanctions sectorielles –

Les journalistes bélarusses sont confrontés à une “situation désastreuse”, a souligné Christophe Deloire, le secrétaire général de l’organisation Reporters sans frontières (RSF), depuis Vilnius où il a porté plainte contre le président bélarusse Alexandre Loukachenko.

Le président bélarusse a suscité l’indignation des Occidentaux en envoyant dimanche un avion de chasse pour intercepter un vol Ryanair reliant Athènes à Vilnius, à bord duquel voyageaient le journaliste dissident et son amie russe Sofia Sapega, qui ont été arrêtés.

Les Vingt-Sept ont riposté en interdisant aux compagnies aériennes bélarusses l’accès à l’Union européenne et en demandant aux transporteurs européens de ne pas survoler son espace aérien.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a indiqué mercredi que l’UE avait l’intention de faire payer le prix fort au président bélarusse et envisageait encore “de proposer des sanctions économiques sectorielles”.

Loukachenko, en opposition frontale avec Union européenne et Etats-Unis, a assuré avoir agi “légalement” en détournant le vol, un dossier sur lequel se penche jeudi l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), après que les Européens membres du Conseil de sécurité et les Etats-Unis ont appelé à une “enquête urgente” de cette organisation.

Face à l’avalanche de condamnations occidentales et de nouvelles sanctions de l’UE à l’encontre du régime qu’il dirige depuis 1994, M. Loukachenko a assuré mercredi avoir “agi légalement”.

Pour les autorités bélarusses, la présence à bord de Roman Protassevitch et donc son arrestation relevaient du hasard mais Bruxelles, Washington et l’opposition bélarusse affirment que l’alerte à la bombe était un subterfuge pour arrêter le journaliste.

– Vols annulés –

Quelques heures après ces déclarations, le Bélarus a accusé la France de “piraterie” pour avoir refusé son espace aérien à un avion effectuant une liaison Minsk-Barcelone.

Jeudi, Austrian Airlines a annulé un vol qui devait relier Vienne à Moscou, faute d’avoir reçu le feu vert de la Russie pour un changement d’itinéraire destiné à éviter l’espace aérien du Bélarus, a annoncé la compagnie autrichienne.

Il s’agit d’un deuxième interdiction de ce type, après l’annulation d’un vol Air France Paris-Moscou mercredi qui lui-aussi voulait contourner le Bélarus.

La dirigeante de l’opposition Svetlana Tikhanovskaïa réfugiée en Lituanie a indiqué que l’opposition bélarusse en exil étudiait “des évacuations d’urgence de personnes poursuivies” par le gouvernement.

– Loukachenko voit Poutine vendredi –

Le journaliste arrêté, Roman Protassevitch, 26 ans, est accusé par le autorités bélarusses d’avoir organisé des “troubles massifs” dans le pays secoué en 2020 par des manifestations contre la réélection de M. Loukachenko.

Vivant en exil, le jeune homme est l’ancien rédacteur en chef d’un média d’opposition, Nexta, qui avait joué un rôle clé dans la coordination du mouvement de contestation, réprimé sans pitié par Minsk.

Minsk dispose dans cette affaire du soutien sans faille de son principal allié, la Russie. Après le discours de M. Loukachenko, le Kremlin a indiqué ne pas avoir “de raisons de ne pas croire les déclarations des dirigeants bélarusses”.

Jeudi, le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a affirmé que l’Occident devait “cesser de diaboliser ceux qu’ils n’aime pas” et assuré que les autorités bélarusse étaient “disposées à la transparence”.

Alexandre Loukachenko et Vladimir Poutine doivent se rencontrer vendredi en Russie.

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