Les tensions américano-chinoises continuent malgré une réunion de crise à Hawaï

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Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a rencontré mercredi à Hawaï le haut responsable chinois Yang Jiechi lors d’une réunion de crise après les tensions extrêmes qui ont opposé les deux premières puissances mondiales au plus fort de la pandémie et qui ne semblent pas devoir s’apaiser.

La journée de mercredi a en effet été ponctuée par autant de manifestations d’un bras de fer qui se poursuit.

Le président des Etats-Unis Donald Trump a promulgué une loi pour sanctionner des responsables chinois accusés de “l’internement de masse” des musulmans ouïghours, alors que Pékin avait promis d’en faire “payer le prix” à Washington.

Auparavant, juste avant de recevoir son invité dans l’archipel du Pacifique, Mike Pompeo avait publié un communiqué commun avec ses homologues du G7 dans lequel il “exhorte fermement” la Chine à “revenir” sur sa loi controversée sur la sécurité à Hong Kong, qui a déjà aggravé la confrontation sino-américaine en mai.

Et le face-à-face Pompeo-Yang sera scruté d’autant plus près à Washington qu’il intervient au moment même où sont publiés des extraits d’un livre de John Bolton, l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, qui accuse le milliardaire républicain d’avoir cherché l’aide de la Chine pour décrocher sa réélection en novembre.

Signe du gel qui règne entre Washington et Pékin, l’entretien, qui a commencé peu après 19H00 GMT, n’a été officialisé qu’à la dernière minute et se tient à l’écart des médias.

“J’espère que cette rencontre puisse réduire les tensions, et je pense que les Chinois l’ont demandée pour cette raison”, dit à l’AFP Susan Thornton, qui était chargée de l’Asie-Pacifique au sein de la diplomatie américaine au début de la présidence Trump. “Mais je doute que ce sera le cas”.

Aujourd’hui spécialiste de la Chine à l’université de Yale, elle estime que “les dirigeants américains et chinois devraient évoquer comment sauver, ensemble, des vies et nos économies”. “Mais malheureusement, je crains que cette rencontre n’abordera même pas ces sujets, c’est regrettable”, insiste cette ex-diplomate.

– “Guerre froide” –

Les relations sino-américaines, déjà tendues et rythmées par la guerre commerciale engagée par le président américain, se sont nettement détériorées à mesure que le nouveau coronavirus, initialement signalé fin 2019 à Wuhan, en Chine, se propageait à travers la planète, faisant des Etats-Unis le pays le plus endeuillé.

Mike Pompeo et Yang Jiechi s’étaient parlé pour la dernière fois le 15 avril. Depuis, le dialogue semblait à l’arrêt — le président Trump avait même menacé mi-mai de rompre les relations avec le géant asiatique, assurant qu’il ne souhaitait plus parler à son homologue Xi Jinping, présenté comme un “ami” jusque-là.

Mais certains observateurs doutent que le secrétaire d’Etat américain soit la bonne personne pour tenter de renouer le contact, en raison de ses attaques frontales répétées contre Pékin.

“Peut-être pense-t-il que cela permet d’aller vers cette Guerre froide avec la Chine qu’il semble désespérément rechercher”, a estimé sur Twitter Michael Swaine, du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.

“Ou alors que ce discours musclé va intimider les Chinois avant sa rencontre avec Yang Jiechi à Hawaï. Bien sûr. Est-ce que quelqu’un qui connaît la Chine peut le briefer, ou s’agit-il seulement de politique intérieure?”, a-t-il ironisé.

– “Tuerie de masse mondiale” –

Mike Pompeo est en première ligne pour dénoncer la gestion de l’épidémie par la Chine, qu’il a depuis longtemps identifiée comme le principal adversaire stratégique des Etats-Unis.

Il accuse Pékin d’avoir initialement dissimulé l’ampleur et la gravité de la maladie Covid-19, et d’être donc responsable de sa propagation à travers le monde, qui a coûté la vie à plus de 444.000 personnes, dont plus de 117.000 aux Etats-Unis, et a contraint les pays à mettre leur économie à l’arrêt.

Pire, il a dit ouvertement croire que le virus, bien que d’origine naturelle, ait pu accidentellement s’échapper d’un laboratoire de Wuhan. La Chine rejette ces accusations.

Dans les pas de son ministre, Donald Trump, qui avait commencé par saluer la réaction chinoise face à l’épidémie, a finalement haussé le ton et menacé de représailles la Chine pour son rôle dans cette “tuerie de masse mondiale”.

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