L’Iran élit son président, victoire attendue de l’uaconservateur Raïssi

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Les Iraniens choisissent vendredi un nouveau président lors d’une élection semblant devoir être gagnée par l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi sur fond de grogne face à la grave crise économique et sociale qui ronge le pays.

Peu avant minuit (19h30 GMT), heure prévue pour la fermeture des bureaux de vote, les autorités ont annoncé, comme elles s’en étaient laissé la possibilité, une prolongation du scrutin jusqu’à 2h00 du matin.

Chef de l’Autorité judiciaire, M. Raïssi, 60 ans, fait figure d’archifavori, faute de concurrence réelle après la disqualification de ses principaux adversaires.

Pour permettre aux quelque 59,3 millions d’électeurs de voter dans de bonnes conditions compte tenu de la pandémie de Covid-19 qui frappe durement l’Iran, les autorités avaient annoncé des horaires extensibles.

Mais l’enjeu du taux de participation est aussi au coeur de la décision de prolonger le scrutin.

Les rares sondages disponibles avant le vote présageaient d’un record d’abstention, autour de 60%. Selon l’agence Fars, proche des ultraconservateurs, la participation pourrait néanmoins finalement dépasser la barre fatidique de 50%.

La campagne électorale a été terne, sur fond de ras-le-bol général face à la crise, dans un pays riche en hydrocarbures mais soumis à des sanctions américaines asphyxiantes.

– “Quelqu’un a déjà été élu” –

Dans une rue de Téhéran, une infirmière drapée dans un tchador noir dit vouloir voter pour M. Raïssi qui a lutté “résolument (contre) la corruption”. “J’espère qu’il saura” épargner à la population les “privations”, dit-elle à l’AFP.

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Zahra Farahani, femme au foyer, raconte s’être rendue dans un bureau “trop plein”. Elle est déterminée à aller voter plus tard, “pour M. Raïssi”, dont elle dit aussi apprécier “la performance à [la tête] de la Justice”.

Hossein Ahmadi, lui, n’est pas allé voter. Ce menuisier accuse les autorités de n’avoir “rien fait” pour le pays.

Pour lui, “la situation est telle que nous n’avons d’autre choix que de garder le silence et de rester à la maison en espérant ainsi faire entendre nos voix.”

Saïd Zarii, commerçant, s’est aussi abstenu “Que je vote ou non”, a-t-il dit à l’AFP, “quelqu’un a déjà été élu : ils organisent les élections pour les médias.”

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Les résultats devraient être connus samedi. Le vote a eu lieu aussi à l’étranger, notamment au Koweït, au Liban et en Irak, selon des photographes de l’AFP.

En 2017, le président Hassan Rohani, un modéré prônant une politique d’ouverture avec l’Ouest et plus de libertés individuelles, avait été réélu au premier tour. La participation s’était montée à 73%. Mais l’espoir qu’il incarnait a fait place à la désillusion.

– “Péché” –

Face à des appels au boycottage lancés par l’opposition en exil, et par quelques dissidents en Iran, le guide suprême Ali Khamenei a multiplié les appels à participer en masse au scrutin.

“Les élections sont importantes quoi qu’il arrive, et malgré les problèmes, nous devons aller voter”, a déclaré M. Rohani après avoir glissé son bulletin dans l’urne en faisant référence aux candidats disqualifiés.

L’un des plus célèbres d’entre eux, l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, populiste, a publié vendredi un message vidéo dénonçant une élection organisée “contre les intérêts du pays”. “Je ne veux pas participer à ce péché”, dit-il.

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Outre M. Raïssi, qui avait obtenu 38% des voix face à M. Rohani en 2017, trois candidats sont en lice: un député peu connu, Amirhossein Ghazizadeh-Hachémi, un ex-commandant en chef des Gardiens de la Révolution, le général Mohsen Rézaï, et un technocrate, Abdolnasser Hemmati, ex-président de la Banque centrale.

Le président a des prérogatives limitées en Iran, où l’essentiel du pouvoir est aux mains du guide suprême.

Le bilan de M. Rohani, qui ne peut se représenter pour un troisième mandat consécutif, est entaché par l’échec de sa politique d’ouverture après le retrait des Etats-Unis, en 2018, de l’accord sur le nucléaire iranien conclu avec les grandes puissances.

– Priorité à l’économie –

Ce retrait et le rétablissement de sanctions américaines punitives qui a suivi ont plongé le pays dans une violente récession en faisant fuir les investisseurs étrangers et en privant le gouvernement de ses recettes pétrolières à l’exportation.

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En décembre et janvier 2017-2018 et en novembre 2019, deux vagues de contestation ont été violemment réprimées.

Pour l’opposition en exil et des défenseurs des droits humains, M. Raïssi est l’incarnation de la répression et son nom associé aux exécutions massives de détenus de gauche en 1988, drame dans lequel l’intéressé nie toute participation.

Le prochain président devra s’atteler à redresser l’économie.

Sur ce point, les candidats sont d’accord: la solution passe par la levée des sanctions américaines, objet de négociations pour sauver l’accord de Vienne en y réintégrant les Etats-Unis.