L’Iran lance un satellite militaire, sur fond de vives tensions avec Washington

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L’Iran a dit mercredi avoir lancé “avec succès” un premier satellite militaire, deux mois après l’échec de la mise en orbite d’un engin scientifique, dans un contexte de tensions persistantes avec Washington malgré la pandémie de nouveau coronavirus.

Après un nouvel incident maritime le 15 avril entre des navires américains et des vedettes des Gardiens de la Révolution –l’armée idéologique de la République islamique–, le président Donald Trump a de son côté affirmé mercredi avoir donné l’ordre de “détruire” toute embarcation iranienne “harcelant” les navires américains dans le Golfe.

Et cette déclaration fait craindre une nouvelle escalade entre les deux ennemis, au moment où les Gardiens se targuent du lancement réussi du satellite “Nour” (“Lumière” en persan). Il s’agit d’un “nouveau développement dans le domaine spatial pour l’Iran islamique”, ont salué les Gardiens sur leur site Sepahnews.

Le satellite a “orbité autour de la Terre à 425 km”, après avoir été lancé depuis le désert de Markazi (centre), en Iran”, ont-ils précisé.

La télévision d’Etat a diffusé des images de ce qu’elle a présenté comme étant le satellite monté sur une fusée au moment du lancement. Il s’agit d’une “grande réalisation nationale”, s’est félicité le ministre iranien des Télécommunications, Mohammad Javad Azari Jahromi.

Ce lancement –dont le bon déroulé n’a pu être vérifié de manière indépendante– n’est qu’une “façade pour le développement par l’Iran de technologies balistiques avancées”, a rapidement dénoncé dans un communiqué Israël, disant y voir une violation de la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Cette résolution enjoint Téhéran à “ne mener aucune activité liée aux missiles balistiques conçus pour pouvoir emporter des charges nucléaires, y compris les tirs recourant à la technologie des missiles balistiques”.

Ex-conseiller national de M. Trump et partisan de la ligne dure, John Bolton a affirmé sur Twitter y voir “la preuve” d’une pression encore insuffisante exercée sur l’Iran. “Les ayatollahs ne sont pas ralentis par le coronavirus”, a-t-il encore commenté.

Le 9 février, l’Iran avait échoué à mettre en orbite un satellite d’observation scientifique, baptisé Zafar (“Victoire” en persan). Son lancement avait été condamné par Paris et Washington, qui avaient accusé Téhéran de vouloir renforcer ses compétences dans le domaine des missiles balistiques par le biais du lancement de satellites.

Les Etats-Unis avaient par ailleurs qualifié le tir en janvier 2019 par Téhéran d’une fusée chargée du lancement d’un satellite de “provocation” violant la résolution onusienne.

Affirmant n’avoir aucun projet de se doter de l’arme atomique, Téhéran assure que ses programmes balistique et spatial ne vont pas à l’encontre de ce texte.

– Incidents maritimes –

L’hostilité de longue date entre Téhéran et Washington a été exacerbée depuis que les Etats-Unis ont décidé en mai 2018 de dénoncer unilatéralement l’accord international sur le nucléaire iranien –conclu en 2015 à Vienne– et de rétablir des sanctions économiques punitives contre l’Iran.

Les tensions ont atteint un nouveau pic après la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, tué dans une frappe de drone américaine à Bagdad le 3 janvier.

Tout récemment, un nouvel incident a mis face-à -face l’US Navy et les Gardiens de la Révolution dans les eaux du Golfe. Le Pentagone avait alors accusé Téhéran de “manoeuvres dangereuses” en mer.

Pendant l’été 2019, une grave crise avait déjà opposé l’Iran aux Etats-Unis et à leurs alliés sur fond de pétroliers saisis.

L’Iran se considère comme le gendarme du Golfe et dénonce la présence militaire occidentale dans ce bras de mer crucial pour l’approvisionnement mondial en pétrole.

Les sanctions américaines pèsent contre le secteur pétrolier iranien, mais aussi, selon Téhéran, sur sa capacité à faire face à la pandémie du nouveau coronavirus, en restreignant ses capacités à emprunter sur le marché international.

Sur le papier, les biens humanitaires (médicaments, équipements médicaux notamment) échappent aux sanctions mais, en réalité, les banques internationales préfèrent refuser une transaction impliquant l’Iran, quel que soit le produit concerné, plutôt que de courir le risque de s’exposer à des représailles américaines.

Téhéran a annoncé en mars avoir demandé au Fonds monétaire international (FMI) une ligne de crédit d’urgence pour un montant pouvant s’élever à environ cinq milliards de dollars.

Mais Washington, qui mène une campagne de “pression maximale”, a indiqué n’avoir aucune intention d’autoriser un tel prêt, accusant Téhéran d’utiliser ses ressources pour financer “le terrorisme à l’étranger”.

L’Iran a enregistré officiellement près de 5.400 morts du nouveau coronavirus et environ 86.000 cas de contamination, soit le bilan le plus lourd du Moyen-Orient.

Certains, à l’étranger comme à l’intérieur du pays, estiment que ces chiffres sont sous-estimés, évoquant quatre à cinq fois plus de morts.

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