Lucette Michaux-Chevry, figure controversée de la politique en Guadeloupe

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Omniprésente dans la vie politique de Guadeloupe pendant plus de 40 ans, Lucette Michaud-Chevry, décédée jeudi à l’âge de 92 ans, a été la première femme de cette île antillaise à entrer dans un gouvernement français, mais sa longue carrière a été émaillée par de nombreuses affaires judiciaires.

“Lucette Michaux-Chevry est le seul homme politique de Guadeloupe”, écrivait en 1999, Éric Conan, journaliste et essayiste français, évoquant dans l’Express “une Guadeloupe incertaine et divisée dont elle assure, seule, l’unité. Tant pour ses partisans, nombreux, et ses obligés, plus nombreux encore, que pour ses ennemis”.

Née le 5 mars 1929 à Saint-Claude (Basse-Terre), Lucette Michaux-Chevry a marqué l’histoire politique de la Guadeloupe, où elle a occupé tous les mandats locaux et nationaux, parfois en même temps.

Cette avocate de formation a connu sa première élection en 1959 en devenant conseillère municipale de sa ville Saint-Claude, alors que son fils a à peine quelques jours. “Rien n’est fait aujourd’hui pour qu’une femme puisse à la fois prendre des responsabilités et offrir à ses enfants l’affection nécessaire”, indiquait-elle à La Croix, en décembre 1999.

Mariée très jeune et mère de deux enfants, elle mène néanmoins une carrière politique rare pour une femme de cette époque.

Conseillère générale dès 1976, elle devient maire de Gourbeyre en 1987, après avoir fondé son propre parti, Le Parti de la Guadeloupe (LPG). Elle accède à la fonction de présidente du conseil général en 1982 puis régional en 1992. Elle aura été au total trois fois maire (Gourbeyre puis Basse-terre), deux fois sénatrice (de 1995 à 2011), deux fois députée (de 1986 à 1993) et deux fois présidente de région (1992 à 2004).

D’abord engagée au parti socialiste, elle soutient en 1981 le futur vainqueur de la présidentielle Valéry Giscard d’Estaing, marquant ainsi le début d’un engagement à droite qui ne la lâchera plus.

Grande amie de l’ancienne figure de la droite française Jacques Chirac, elle passe la porte des ministères à ses côtés. D’abord nommée secrétaire d’État auprès du Premier ministre dans son gouvernement, en charge de la francophonie (1986-1988), elle devient, quand ce dernier accède à la présidence, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de l’action humanitaire et des droits de l’Homme, de 1993 à 1995.

– “Redoutable” –

“Je suis redoutable”, explique-t-elle en 2017 à Outre-mer la 1ere, réseau de l’audiovisuel public en Outre-mer. “La politique m’a transformée complètement. Elle a fait de moi quelqu’un de capable de recevoir tous les coups, et d’attendre, d’attendre pour gagner”.

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Fin janvier 2019, celle qu’on surnomme “la dame de fer” ou “l’impératrice” et qui est alors présidente de la communauté d’agglomération du Sud Basse-Terre annonce sa démission et son retrait de la vie politique, occasionnant un séisme localement.

Elle reste toutefois adjointe à la maire de Basse-terre, qui n’est autre que sa fille Marie-Luce Penchard, à qui elle avait laissé son siège en 2014.

“J’ai consacré près de 60 ans de ma vie au service de la Guadeloupe mais surtout au service de chacune et chacun d’entre vous”, écrit Lucette Michaux-Chevry dans sa lettre aux Guadeloupéens pour annoncer sa démission. “Je l’ai fait à ma manière, parfois à mes dépens”, ajoute-t-elle.

Sa longue carrière reste émaillée d’affaires de corruption entre autres démêlés judiciaires. Cultivant un pouvoir insulaire ne souffrant pas la contestation, elle sera confrontée à partir des années 90 à plusieurs mises en examen, qui ne se concluront pas toutes par des condamnations.

Dans les dernières en date, en 2017, elle était mise en examen avec 16 membres de la Communauté d’agglomération dans le cadre d’une enquête sur des détournements de fonds publics.

Fin 2019, la nonagénaire a été condamnée à deux ans de prison avec sursis pour des délits environnementaux et de favoritisme en matière de transports publics, une peine confirmée en appel.

Apparue totalement détendue lors de son procès, la “Dame de Guadeloupe” avait défendu haut et fort ses responsabilités. Elle avait aussi été condamnée à cinq ans d’inéligibilité et à l’interdiction définitive d’exercer toute fonction publique.