Macron, le président aux 100 vies

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Fragilisé par un front républicain qui, contrairement à 2002, ne s’est jamais réellement constitué, conspué par une partie des électeurs de la gauche radicale pour qui le candidat d’En marche et son libéralisme décomplexé ne valent pas mieux que Marine Le Pen, violemment attaqué par sa rivale qui n’a cessé de lui faire endosser l’héritage du quinquennat Hollande, Emmanuel Macron a dû mouiller la chemise pour remporter l’élection présidentielle française, à 65% des suffrages.

Au soir du 23 avril, alors que le FN s’est qualifié pour le 2e tour, le futur président fête son succès à la Rotonde, une brasserie de la rive gauche parisienne. Quelques heures plus tôt, il est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle, avec 24,01% des suffrages. Sur sa gauche, le PS est laminé tandis que Jean-Luc Mélenchon, le leader de la France insoumise finalement 4e, n’en finit pas de ruminer sa défaite. A droite, les affaires ont sans surprise eu raison de François Fillon.

Le PS et les Républicains éliminés de la course à la présidentielle, la victoire apparaît aisée face à une adversaire isolée malgré le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan, le leader de Debout la France. Mais l’excès de confiance affiché par Emmanuel Macron au soir du premier tour lui sera durement reproché dans les jours suivants.

Passé de banquier

Le 26 avril, c’est un déplacement à Amiens, sa ville natale, qui manque de tourner au cauchemar. A l’entrée de l’usine Whirlpool, où 290 emplois seront supprimés l’an prochain en raison de la délocalisation de la production en Pologne, Emmanuel Macron est accueilli par des coups de sifflet. Parmi les ouvriers présents, certains crient “Marine Président”. Dans la matinée, la candidate du Front National s’était elle aussi rendue sur le site, promettant aux travailleurs en colère qu’ils ne perdraient pas leur emploi. Entouré d’une nuée de caméras, Emmanuel Macron descend dans l’arène et débat pendant plus d’une heure avec le personnel. “Macron respecte les syndicats. Le Pen, elle, a fait un coup de com”, commentera ensuite Jean-Claude Mailly, secrétaire général du syndicat français FO.

Au milieu des ouvriers, le candidat d’En marche!, qui peine toujours à se défaire de son passé de banquier d’affaires pour la banque Rotschild, se veut pédagogue et évite les promesses qu’il ne pourra pas tenir, encore hanté par le discours de François Hollande à Florange en 2012. La complexité du monde, il l’assume, tout comme il assume ses différents visages et ses multiples vies, lui qui est né il y a 39 ans, un 21 décembre, dans une famille aisée d’Amiens.

Une enfance aisée

Enfant doué, passionné de piano, il est élevé aussi bien par sa grand-mère, dont il restera très proche jusqu’à son décès en 2013, que par ses parents médecins. Il a 17 ans quand il déclare sa flamme à celle qu’il finit par épouser en 2007. Elle s’appelle Brigitte Trogneux, est professeur de français dans le lycée que fréquente l’adolescent et a déjà trois enfants. Elle a 24 ans de plus que lui. Fin de la parenthèse qui en dit pourtant sans doute beaucoup sur la détermination d’Emmanuel Macron.

Après des études à l’ENA (École nationale d’administration), il devient inspecteur des Finances avant de passer dans le privé en 2008. Ce sont les années Rothschild, l’une des banques d’affaires les plus influentes en France, où il signe de juteux contrats, dont celui permettant le rapprochement entre Nestlé et la branche nutrition de Pfizer. Il rejoint ensuite François Hollande, fraîchement élu à la présidence et devient son principal conseiller économique avant d’accéder au poste de secrétaire général adjoint de l’Elysée.

En marche!

Le 26 août 2014, il est nommé ministre de l’Economie en remplacement d’Arnaud Montebourg. A l’aise tant avec les patrons qu’avec les syndicats, il ne parvient toutefois pas à éviter les dérapages, comme ce jour de mai 2016 où il conseille à des militants syndicaux en tee-shirts de “travailler s’ils veulent se payer un costard”. Son passage à Bercy est également marqué par la “loi Macron” ou “loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques”, un catalogue de réformes disparates qui sera vivement contesté et passera en force grâce à l’utilisation du 49-3, un article de loi permettant au gouvernement de faire fi du vote des députés.

Si l’épisode écorne durablement l’image de Manuel Valls, le Premier ministre de l’époque, il épargne Emmanuel Macron qui fait alors partie des personnalités de gauche préférées des Français. Galvanisé par cette popularité, il lance son mouvement En marche! en avril 2016, quitte le gouvernement à l’été et annonce sa candidature à la présidence en novembre, un parricide politique vis-à-vis de François Hollande.

Les mois suivants, les planètes semblent s’aligner pour un destin présidentiel et c’est un boulevard – au centre – qui s’offre au candidat d’En marche! , d’autant que le ralliement de François Bayrou lui apporte un surplus d’expérience. Cette chance, cette baraka qui marque son parcours, Emmanuel Macron, ce même pas quadra charismatique, “ni de droite, ni de gauche”, cet homme pressé dont la candidature à la présidentielle était impensable il y a un an, a su la saisir.

AFP

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