Manifestations en Algérie: les drapeaux, aubaines des vendeurs à la sauvette

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Fouad, la quarantaine, est aux anges. Il a vendu 300 drapeaux algériens aux manifestants défilant à Alger contre le président Abdelaziz Bouteflika, des ventes bien plus élevées en une seule journée que celles qu’il réalise en un mois devant les stades de football.

En semaine, Fouad vend des fruits et des légumes dans la rue, dont il se fait souvent déloger par la police ces derniers temps. Les week-ends de match, il complète ses revenus en proposant drapeaux et écharpes aux supporters.

Les manifestations massives dont Alger a été le théâtre pour le 3e vendredi de suite, contre le 5e mandat que brigue M. Bouteflika à la présidentielle du 18 avril, “sont une bénédiction tombée du ciel”, confie-t-il le même jour à l’AFP. Avant d’ajouter: “Pourvu que cela dure”.

Aux manifestants, Fouad propose aussi écharpes, bonnets, fanions ou bracelets éponges, tous aux couleurs de l’Algérie –vert-blanc, avec un croissant et une étoile rouges– qui s’arrachent par dizaines.

“Papa, achète-moi un drapeau”, insiste une fillette d’une dizaine d’années qui porte déjà une écharpe des mêmes couleurs. Le père, déjà ceint d’un drapeau, cède.

“Aujourd’hui, c’est un jour de fête. Un jour pour la liberté, je veux que ma fille s’en rappelle plus tard”, explique ce quinquagénaire, qui ne veut pas donner son nom.

Le drapeau se vend 500 dinars (environ 3,70 euros), écharpes et fanions 200 dinars pièce et les bracelets 150.

Mais Fouad refuse de dire à combien revient son revenu de la journée. “Par superstition”, lance l’un de ses amis, d’un ton moqueur.

En Algérie, où un tiers des moins de 30 ans sont au chômage, de nombreux jeunes sont devenus, dès le début de la contestation le 22 février, des vendeurs à la sauvette lorsque les manifestants défilent dans les rues.

Tous deux âgés de 22 ans, Issam et Mohamed, chômeurs et vendeurs improvisés, se font une marge de 50 dinars sur chaque drapeau vendu.

Achetés chez un grossiste en contrebas de la Casbah, un quartier d’Alger, ils sont partis comme des petits pains: “150 drapeaux vendus en une heure”, fanfaronnent-ils auprès de l’AFP.

A la clé, environ 55 euros de bénéfice, dans un pays où le salaire minimum est d’environ 130 euros et le salaire moyen d’environ 600 euros mensuels.

Plus loin, Nasredinne, Hassan et Mohamed, trois amis âgés d’une vingtaine d’années, récupèrent des drapeaux auprès d’une association de jeunes qui les fabriquent. Ils les revendent ensuite au profit de l’association, en gardant un “petit” pécule au passage: 5.000 dinars (37 euros) chacun vendredi.

– “Le drapeau, c’est notre liberté” –

Depuis 15 jours, les drapeaux sont brandis par milliers dans les cortèges de manifestants. Certains s’en ceignent la taille ou les portent comme des capes, en les nouant aux épaules, d’autres s’enroulent dedans.

“Ce drapeau, c’est le bien du Peuple (…) alors on le montre et on l’arbore pour leur dire que c’est le Peuple qui décide” poursuit Fatma, 78 ans, ancienne combattante de la guerre d’Algérie, qui a vu en 1962 le pays colonisé par la France obtenir son indépendance au terme d’un conflit meurtrier.

A côté, un groupe de filles toutes drapées de l’emblème national poussent des youyous.

Dès l’apparition d’un vendeur de drapeaux, ceux qui n’en ont pas encore s’agglutinent. Plus le drapeau est grand, plus il est prisé.

De nombreux habitants du centre d’Alger avaient également orné vendredi leur balcon d’un drapeau algérien, pour marquer leur soutien à la contestation.

Dans la manifestation, Siham, 32 ans, cadre dans une multinationale, avoue être “une acheteuse compulsive du drapeau algérien”.

Elle en achète pour elle et pour en offrir: “Par les temps qui courent, il n’y a pas meilleur cadeau qu’un drapeau national”.