Marée verte : les Argentines à nouveau mobilisées pour le droit à l’IVG

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La légalisation de l’IVG en Argentine a échoué de justesse en 2018, mais les militantes argentines n’ont pas renoncé pour autant: une nouvelle proposition de loi est déposée mardi au Parlement.

“Il ne s’agit pas seulement de reprendre l’offensive pour le droit à l’avortement, il s’agit de faire pression pour que chaque candidat se prononce clairement”, plaide Victoria Tesoriero, dirigeante de la “Campagne pour le droit à l’avortement”.

Outre l’élection du président le 27 octobre prochain, les Argentins renouvelleront une partie de la Chambre des députés et du Sénat.

Mardi, plusieurs heures avant le dépôt du texte vers 17H30 (20H30 GMT), des milliers de jeunes femmes brandissant des foulards verts, signe de ralliement à la cause pro-IVG, se sont mobilisées devant le Congrès, où sera examinée la proposition présentée par 15 députés des principaux partis politiques.

“On ne doit pas baisser la garde, la lutte continue”, lance Natalia Eraza, une infirmière de 28 ans.

“Avoir un enfant désiré, pourquoi ? Nous sommes au XXe siècle. Une femme devrait avoir le droit de décider”, estime Gisela Parodi, une fonctionnaire de 33 ans.

En 2018, un mouvement d’une ampleur inédite porté par des organisations féministes a suscité un débat passionné en Argentine, le pays du pape François. La proposition de loi a été approuvée par les députés, mais rejetée par les sénateurs, plus conservateurs, sous l’influence de l’Eglise.

– Foulard vert ou bleu –

C’était la première fois qu’un débat parlementaire sur le sujet avait lieu en Argentine, à l’initiative du président de centre-droit Mauricio Macri, qui ne milite pas pour autant pour la cause.

Avant lui, les présidents de gauche Nestor Kirchner puis Cristina Kirchner avaient bloqué tout débat parlementaire sur l’avortement, légalisant cependant le mariage homosexuel.

En réaction au foulard vert des pro-IVG, les anti-avortement ont créé un foulard bleu ciel avec comme slogan “La défense des deux vies”, celle de la mère et celle du fœtus. L’Église a mis tout son poids dans la bataille pour mettre en échec la proposition de loi.

Mardi, dans un coin de la place du Congrès des opposants à l’IVG peinaient à se faire entendre. “Tous les enfants ont le droit de vivre, ceux qui sont programmés et ceux qui ne le sont pas. La vie, c’est dès la conception”, martèle Nelida Rodriguez, parée d’un foulard bleu ciel.

A quelques mètres de là, un groupe de femmes vêtues de vert et arborant l’emblématique foulard chantent : “Ceux qui disent vouloir sauver les deux vies sont ceux qui couvrent les curés pédophiles”.

La loi actuellement en vigueur autorise l’avortement dans des cas spécifiques de viol, de risques pour la santé de la mère, mais dans les faits, des provinces ou des médecins s’y opposent, et des fillettes de 10 ou 11 ans se heurtent à un refus des autorités de pratiquer un avortement.

On estime qu’une centaine de femmes meurent chaque année à la suite d’avortements pratiqués dans de mauvaises conditions sanitaires.

– Amnesty dénonce –

“C’est une nouvelle opportunité pour l’Etat argentin de garantir l’exercice des droits humains des femmes (…). Les avortements continuent d’être pratiqués dans des conditions déplorables et des femmes meurent dans des conditions de clandestinité”, dénonce Amnesty International.

Le foulard vert a encore gagné en visibilité la semaine dernière quand le documentaire “Que sea ley” (Une loi vite) de l’Argentin Juan Solanas a été présenté au Festival de Cannes. Le cinéaste espagnol Pedro Almodovar et l’actrice Penelope Cruz ont apporté leur soutien au mouvement en arborant un foulard vert.

Légalisé en Russie voici un siècle, au Royaume-Uni en 1967 et en Irlande l’an dernier, l’avortement est aujourd’hui remis en cause dans certains pays occidentaux, comme récemment aux Etats-Unis dans des Etats conservateurs.

Un collectif français, “Avortement en Europe, les femmes décident!”, plaident pour l’inscription du droit à l’avortement comme un “droit fondamental” européen.

Le pape François a rappelé l’opposition historique de l’Eglise catholique en comparant l’IVG à une crime. “Est-il licite d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ? Est-il licite d’embaucher un tueur à gages pour résoudre un problème?” a-t-il déclaré samedi au Vatican.