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Métiers d?hier condamnés à disparaître

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Métiers d?hier condamnés à disparaître

Fabricant de néons à Hong Kong ou lavandière à Quito: à l?occasion du 1er mai, l?AFPTV et l?AFPPhoto sont allés à la rencontre, à travers le monde, de ces métiers qui deviennent rares ou disparaissent en raison des mutations ou des révolutions technologiques. Voici les portraits de six d?entre eux:

Les porteurs d’eau de Nairobi

La rareté de l’eau courante dans les quartiers les plus pauvres de Nairobi permet depuis 18 ans à Samson Muli, un vendeur d’eau dans le bidonville de Kibera, de manger tous les jours.

“Quand j’étais plus jeune, je voulais devenir un homme d’affaires”, confie cet homme de 42 ans père de deux enfants, qui fournit de l’eau à des bouchers, des marchands de poissons et des gargotes du marché Kenyatta, en bordure de Kibera.

Tous les jours, il remplit des jerrycans de 20 litres remplis, 15 pièces à la fois, sur un chariot qu’il pousse ensuite chez ses clients à la sueur de son front.

Samson achète le jerrycan d’eau pour 5 shillings (0,04 euro), le revend trois fois plus cher, et peut de la sorte gagner jusqu’à 1.000 shillings par jour (8 euros). Un bénéfice bien maigre, mais suffisant pour s’extraire de la misère, assure-t-il.

“Ce boulot a changé ma vie. Mes enfants peuvent aller à l’école parce que je suis en mesure de payer les frais d’inscription”, explique-t-il.

Mais Samson va bientôt devoir se trouver un nouveau gagne-pain. Le bienvenu développement en cours des infrastructures de base, désormais de plus en plus accessibles pour les plus pauvres, signifie que les jours de son métier sont comptés.

Le “téléphone public” de Bujumbura

Pendant plus de dix ans, le téléphone blanc trônant sur le comptoir du kiosque El-Shadaï, à Bujumbura, a fait la fierté d’Ernest Nshimirimana, 38 ans et propriétaire des lieux.

Aujourd’hui, c’est avec nostalgie que ce père de trois enfants pense à l’époque où la possession d’une ligne fixe au Burundi était réservée aux plus riches. Dès 2004, Ernest décide de se lancer dans le commerce juteux de la communication téléphonique.

Les clients se succédaient à son comptoir et les unités défilaient frénétiquement sur les compteurs de ses trois “téléphones publics”, seul moyen de communication à leur disposition.

Mais tout cela, c’était avant l’arrivée du téléphone portable.

Ernest n’a conservé qu’un seul téléphone, pour quelques rares clients, mais aussi et surtout “parce que ça me rappelle son importance d’avant”.

“Avant, je pouvais gagner 35.000 francs burundais par jour (16 euros), mais maintenant, c’est difficile de gagner 2.000 francs (0,93 centimes d’euro)”, soupire-t-il.

Face au crépuscule du “téléphone public”, Ernest a dû comme ses confrères réinventer son métier et vit désormais surtout de la vente de crédits téléphoniques, de friandises, snacks et sodas en tous genres.

Le fabricant de néons de Hong Kong

Le fabricant de néons Wu Chi-kai est l’un des derniers artisans de son espèce à Hong Kong, mégapole où il ne fait jamais vraiment nuit à cause de ses myriades d’enseignes lumineuses.

Cela fait 30 ans qu’il produit ces néons qui définissent le paysage urbain de Hong Kong. Les énormes enseignes clignotantes qui hérissent les façades des immeubles font de la publicité pour tout, des restaurants aux parloirs de majong.

Mais les enseignes LED plus lumineuses sont devenues au fil des années plus populaires. Elles sont considérées comme plus faciles à entretenir et davantage nuisibles à l’environnement.

Le gouvernement de l’ancienne colonie britannique a aussi donné l’ordre de descendre certaines néons vintage jugés dangereux.

La demande pour les néons de M. Wu baisse, mais l’artisan de 50 ans continue malgré tout à tordre ses tubes de verre colorés de l’intérieur par de la poudre fluorescente sur des brûleurs, à des températures de 1.000 degrés Celsius.

“Pouvoir tordre des tubes raides pour leur donner la forme que je veux, puis de les faire briller, c’est amusant”, raconte-il à l’AFP.

Au plus fort de la vogue des néons, dans les années 1980, seule une trentaine d’artisans en maîtrisaient l’art.

Mais, dit M. Wu, la nostalgie commence à revenir pour leur lumière plus douce et certains clients demandent des pièces pour décorer leur intérieur. “J’ai travaillé avec les néons toute ma vie. Je n’arrive pas à imaginer ce qui m’irait mieux”.

Les lavandières de Quito

Le bout des doigts de Delia Veloz est usé, presque lisse. A l’heure de machines à laver de plus en plus sophistiquées, cette femme de 74 ans lessive encore le linge sale des autres dans un lavoir public de Quito.

Delia est l’une des dernières lavandières de la capitale équatorienne. Depuis une cinquantaine d’années, elle vient régulièrement se casser les reins devant les grandes pierres rectangulaires et rêches de La Ermita.

A 2.800 m d’altitude dans ces montagnes des Andes, l’eau est glacée. Mais “à la main, on frotte mieux”, soutient-elle à l’AFP, fière de la propreté du linge qui lui est confié et qu’elle essore avant de l’étendre.

Elle a un jour eu une machine à laver électrique. Mais elle a dû la vendre il y a deux ans pour pouvoir payer les funérailles de son mari.

Et elle n’a pas eu les moyens d’en acheter une autre. Car si tout va bien, elle parvient en un mois à gagner 130 dollars, moins de la moitié des 386 dollars du salaire minimum légal.

Quito compte encore cinq lavoirs publics d’accès gratuit, qui ont été construits au début du XXe siècle. Mais comme les clients se font de plus en plus rares, Delia craint que son lavoir soit fermé et qu'”il n’en reste que les pierres”.

Les écrivains publics de Bogota

Candelaria insère une nouvelle feuille blanche dans sa Remington Sperry. Depuis une quarantaine d’années, elle a ainsi dactylographié des milliers de documents. Mais elle est aujourd’hui parmi les derniers écrivains publics exerçant encore à Bogota.

Agée de 63 ans, Candelaria Pinilla de Gomez, seule femme parmi les écrivains publics en costume de ville, est toujours bien emmitouflée pour résister aux variations parfois brutales de températures dans une capitale située sous les tropiques, mais à 2.600 m d’altitude.

Elle a appris le métier avec son mari lorsqu’ils se sont installés à Bogota dans les années 70. “Il avait une ferme, mais la guérilla l’en a expulsé. Il m’a dit: il faut apprendre la dactylographie (…) et l’orthographe. Il m’a formée, puis il est mort”, a-t-elle raconté à l’AFP.

Quelle que soit la météo, les écrivains publics travaillent dehors, sous un parasol, qui protège aussi des pluies fréquentes, assis sur des chaises en plastique face à leur machine à écrire.

Par le passé, ils étaient indispensables. Documents administratifs, déclarations d’impôts, contrats, etc. passaient entre leurs mains.

Ils ont survécu à tout, jusqu’à l’arrivée d’internet: “Aujourd’hui, la mère demande à son fils de télécharger, remplir et envoyer les formulaires par internet… A nos dépens”, déplore Mme de Gomez.

Les pousse-pousse de Calcutta

Haletant, suant, Mohammad Maqbool Ansari tire son rickshaw à pied à travers les rues grouillantes de Calcutta, se frayant aussi bien un chemin dans la foule des marchés que dans les embouteillages monstres.

Calcutta est l’une des dernières villes sur Terre où les pousse-pousse constituent des éléments familiers du paysage, même s’ils connaissent là aussi leur crépuscule.

Qu’il règne une chaleur de plomb ou que la mousson s’abatte en cascades, Mohammad, 62 ans, transporte des passagers à la seule force de ses bras et jambes depuis quatre décennies.

Pour les quelques milliers de tireurs de rickshaw qui subsistent encore comme lui, ce métier éreintant est leur seule option.

“Nous ne savons pas lire ou écrire. Nous ne pouvons faire aucun autre travail. Une fois que vous commencez, c’est fini. C’est votre vie”, raconte-t-il à l’AFP.

Héritage de la colonisation britannique, les tireurs de rickshaws ne font plus le poids face aux vélos-taxis, aux célèbres taxis jaunes de Calcutta ou aux applications de VTC comme Uber ou Ola.

Après un trajet d’une vingtaine de minutes, un généreux client lui offre un verre d’eau.

“Lorsqu’il fait chaud, pour un voyage qui coûte 50 roupies (0,60 euro), je demande dix roupies supplémentaires. Certains donnent, d’autres non”, témoigne Mohammad, épongeant sa transpiration avec un chiffon sale.

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