Michael Lonsdale était un enfant caché : “La honte, c’était moi”

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Une figure du cinéma et du théâtre français s’en est allée : Michael Lonsdale est mort à l’âge de 89 ans le 21 septembre 2020, à son domicile parisien. L’acteur franco-britannique a su tirer profit de sa double culture tout au long de sa carrière prolifique en jouant devant les caméras de réalisateurs aussi divers que prestigieux : Gérard Oury, Orson Welles, François Truffaut, Steven Spielberg, Jean-Luc Godard, Joseph Losey, Louis Malle, Costa-Gavras, Marguerite Duras, Luis Buñuel, Jean-Pierre Mocky, Jean Eustache, Jean-Daniel Pollet… Pourtant, Michael Lonsdale n’a pas grandi dans un environnement célébrant pleinement ses origines. Comme le raconte le journal Libération du 22 septembre, le comédien a d’abord été un enfant caché, une “honte” pour sa famille maternelle.

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Sa mère, Simone Béraud, était mariée lorsqu’elle a eu un coup de foudre pour un certain Edward Lonsdale-Crouch, militaire de l’armée britannique de passage en France en 1930. “Sa mère quitte quelques semaines plus tard son mari pour l’inconnu, rapportent nos confrères. La jeune femme n’ose pas annoncer la naissance du petit Michael, le 24 mai 1931 [à Paris, NDLR], à sa famille. Qui, lorsqu’elle est mise au courant, lui demande de cacher sa ‘honte’ le plus loin possible, en Australie.

Une naissance qu’il avait racontée avec ses propres mots dans son livre Il n’est jamais trop tard pour le plus grand Amour (éditions Philippe Rey) en 2016 : “Il fallait cacher la honte, et la honte, c’était moi (…). Je me suis souvent demandé si la raison pour laquelle je suis devenu comédien est liée à cette enfance, et je crois que oui. Pour deux raisons, c’était, d’une part, la possibilité de continuer à jouer – jouer je n’aimais que ça, je n’étais pas un bon élève – et, d’autre part, il y a quelque chose en moi sans doute qui s’est dit : ‘Ah ! vous avez voulu me cacher, eh bien ! je vais vous montrer à tous que j’existe !

Finalement, les jeunes parents et le bébé s’installent, non pas en Australie, mais à Jersey, puis à Londres en 1935, et enfin au Maroc pendant dix ans. Michael Lonsdale et sa mère reviennent à Paris en 1949 : “C’est le choc. Il ne connaît rien à l’orthographe, ne parle pas très bien le français, n’a jamais été au théâtre“, précise Libération. Le jeune homme tente d’abord sa chance avec la peinture, avant de se former au théâtre et de décrocher son premier rôle au cinéma, en 1956, en français, dans C’est arrivé à Aden, de Michel Boisrond. S’ensuit un début de carrière exemplaire en français, avant que l’amoureux contrarié de Delphine Seyrig ne renoue avec la langue de Shakespeare en 1962 dans Le Procès d’Orson Welles.