Migrants et droits de douane: Washington pose ses conditions à Mexico

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La Maison Blanche a posé mercredi ses conditions avant une séance de négociations avec le Mexique sur les droits de douane que Washington prévoit d’imposer à son voisin s’il ne l’aide pas à bloquer les migrants, toujours plus nombreux à franchir leur frontière commune.

En l’absence de Donald Trump en visite en Europe, le vice-président américain Mike Pence a reçu le chef de la diplomatie mexicaine Marcelo Ebrad à la Maison Blanche, pour des discussions auxquelles a également participé le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo.

Après deux heures et demie, ils se sont séparés sans faire de commentaires.

Juste avant cette réunion cruciale pour l’économie des deux pays, les garde-frontières américains ont annoncé que plus de 144.000 migrants avaient été arrêtés à la frontière sud des Etats-Unis en mai, en hausse de 32% par rapport à avril, et à un niveau inégalé depuis sept ans.

Plus de 57.000 étaient des mineurs, dont près de 12.000 non accompagnés, ont-ils précisé, en décrivant une “situation d’urgence absolue”.

Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale un marqueur de sa présidence, a accusé à maintes reprises le Mexique de passivité face à cette crise et brandi la menace de taxer ses importations.

Jeudi dernier, il a créé la surprise en se faisant plus concret: il a annoncé que les Etats-Unis appliqueraient à partir du 10 juin une taxe de 5% sur tous les biens provenant du Mexique, qui pourrait augmenter progressivement jusqu’à 25% le 1er octobre.

Malgré l’opposition de nombreux républicains, inquiets des conséquences pour l’économie américaine, il a assuré mardi qu’il ne “bluffait pas”.

– “Faire affaire” –

“Le Mexique veut un accord”, a toutefois estimé Donald Trump mercredi depuis l’Irlande.

Si le Mexique n’arrête pas les migrants et les “drogues” qui arrivent via la frontière sud des Etats-Unis, “on ne pourra pas faire affaire, c’est très simple”, a-t-il ajouté. Mais “je pense que le Mexique veut faire quelque chose.”

De son côté, le conseiller économique de la Maison Blanche Peter Navarro a posé trois conditions aux négociateurs mexicains.

“Ils peuvent s’engager à prendre tous les demandeurs d’asile et à leur appliquer les lois mexicaines qui sont bien plus strictes que les nôtres”, a-t-il déclaré sur la chaîne CNN.

“Si tous les gens qui arrivent avec des scénarios pour demander l’asile (…) comprennent que cela ne va pas les mener aux Etats-Unis mais qu’ils vont rester au Mexique”, cela va tarir les flux migratoires, a-t-il prédit.

Le conseiller a également demandé à Mexico de renforcer sa frontière sud avec le Guatemala “plus courte” et “plus facile à surveiller” que celle avec les Etats-Unis. Enfin, il a exigé que le Mexique lutte contre la corruption de ses agents aux poste-frontières.

– Plus de 100.000 arrestations –

Après l’entrée en fonction de Donald Trump en janvier 2017, les arrestations à la frontière étaient inférieures à 20.000 par mois. Elles ont connu depuis une hausse constante, dépassant les 100.000 en mars, avril et mai.

Il s’agissait auparavant principalement d’hommes seuls, souvent originaires du Mexique, venant travailler aux Etats-Unis.

Mais en mai, près de 90.000 des migrants appréhendés se trouvaient en famille, 12.000 étaient des mineurs non accompagnés et seuls 43.000 des adultes seuls, selon la police aux frontières américaine.

La grande majorité des migrants viennent désormais du Honduras, du Salvador et du Guatemala, des pays parmi les plus pauvres et les plus violents du continent, et déposent une demande d’asile à leur arrivée.

Et ils voyagent dans des groupes de plus en plus grand.

Plus de 1.000 personnes, arrivées ensemble, ont été arrêtées la semaine dernière, le plus grand groupe d’étrangers illégaux appréhendé à la frontière à ce jour, selon la Police des frontières.

Autre “première”, un groupe de 117 Africains, originaires du Congo, d’Angola ou du Cameroun, a été interpellé en mai.

Submergées par ces flux, les autorités américaines ont annoncé mercredi qu’elles allaient arrêter toutes les activités non essentielles dans les centres pour mineurs, ce qui inclut selon les médias les cours d’anglais ou les matches de football.