Monténégro : le parti au pouvoir au coude-à-coude avec l’opposition

0
69

Le parti au pouvoir au Monténégro du président Milo Djukanovic était au coude-à-coude dimanche avec l’opposition pro-serbe à l’issue d’élections législatives qui pourraient contraindre les deux partis à entamer des pourparlers pour tenter de former des coalitions.

Le pro-occidental Parti démocratique des socialistes (DPS), au pouvoir depuis près de trois décennies, obtenait 34.7 % des voix devant le parti de l’opposition pro-serbe avec 33.1 % des voix, selon un sondage sortie des urnes de la commission CeMI.

Les Monténégrins se sont mobilisés fortement dimanche pour voter aux législatives, mettant à l’épreuve trois décennies de domination de la formation du président pro-occidental Milo Djukanovic qui affrontait, dans une ambiance tendue, une opposition soutenue par la puissante Eglise orthodoxe serbe.

Une heure avant la fin du vote, le taux de participation était proche de 75%, contre 71% lors des précédentes élections, en 2016, selon les données de la commission électorale.

“Je veux juste la paix, rien d’autre, et le progrès, et nous règlerons tout le reste”, a témoigné un électeur âgé, qui a requis l’anonymat, en déposant son bulletin dans un bureau de vote de la capitale, Podgorica.

Les électeurs devaient porter un masque, se désinfecter les mains et garder leurs distances pour cause de coronavirus.

L’économie a beaucoup souffert de la pandémie dans ce pays où le tourisme génère près d’un quart du PIB.

Réformiste dynamique pour certains, autocrate corrompu pour d’autres, Milo Djukanovic, 58 ans, dirige le Monténégro quasiment sans discontinuer depuis la fin de l’ère communiste, au début des années 1990.

– “Un nouveau jour arrive” –

En déposant son bulletin dans l’urne, il a assuré que son parti l’emporterait malgré “les tentatives d’attiser les tensions depuis l’extérieur du Monténégro”.

Son Parti démocratique des socialistes (DPS) n’a jamais perdu un scrutin. M. Djukanovic a conduit le pays le moins peuplé des Balkans (620.000 habitants) à l’indépendance de la Serbie en 2006, à l’adhésion à l’Otan en 2017 et aux portes de l’Union européenne (UE).

Mais sa majorité sortante est très mince, et la confrontation avec une opposition de droite pro-serbe, partisane de liens plus étroits avec Belgrade et Moscou, s’annonçait rude.

Le chef de la principale alliance pro-serbe, Zdravko Krivokapic, a lui assuré vouloir adresser “un message de paix”, ajoutant qu’un “nouveau jour arrive pour le Monténégro, qui va prendre un autre chemin”.

Alors que Milo Djukanovic fait face depuis longtemps à des accusations de corruption, de mainmise sur l’Etat et de liens avec le crime organisé, la campagne électorale s’est plutôt concentrée sur sa querelle avec l’Eglise orthodoxe serbe (SPC) et sur les débats identitaires.

Dimanche en fin de journée, la SPC a souligné “qu'”aucun rassemblement organisé par l’Eglise n’était prévu” et a demandé aux Monténégrins de rester chez eux pour cette soirée électorale.

Cette polémique a éclaté fin 2019 lors de l’adoption d’une loi sur la liberté de religion qui ouvre la voie à une prise de contrôle par l’Etat des centaines d’églises et de monastères gérés par la SPC, dominante au Monténégro, et dont le siège est Belgrade.

Selon le recensement de 2011, près de 30% des habitants du pays se déclarent serbes.

L’adoption de la loi a provoqué d’énormes manifestations sous forme de processions, menées par des dignitaires religieux et soutenues par l’opposition.

Ces derniers jours, les manifestants ont organisé aussi des processions avec des voitures à travers le pays, en agitant les drapeaux serbes.

– Lassitude du pouvoir –

Milo Djukanovic y voit une “menace à la souveraineté” du pays et qualifie l’opposition d'”infanterie politique du nationalisme grand serbe”.

Cet avertissement rappelle les législatives de 2016, marquées par l’arrestation d’une vingtaine de militants opposés à l’adhésion du pays à l’Otan.

Ils avaient été accusés d’avoir voulu fomenter un coup d’Etat, avec le soutien de la Russie, ce que Moscou avait réfuté. Deux d’entre-eux ont été condamnés en première instance à cinq ans de prison.

Avec ce score serré, plusieurs petits partis, focalisés sur une économie mise à mal par l’épidémie et sur les défaillances de l’Etat de droit, pourraient jouer un rôle décisif dans la formation du nouveau gouvernement, estime l’analyste Milos Besic.

Le Monténégro est le pays des Balkans le plus avancé dans les négociations d’adhésion à l’UE, mais la corruption, la question de la liberté de la presse et le crime organisé restent des préoccupations pour Bruxelles.

La lassitude d’un pouvoir inchangé depuis presque trois décennies se fait aussi ressentir.

Nikola Jovanovic, homme d’affaires de 23 ans, estime que l’émigration massive de la jeunesse du pays – où le taux de chômage s’élève à 18% – en est la conséquence.

“Que n’importe qui d’autre vienne au pouvoir, je n’ai pas vraiment de préférences, mais les changements sont très importants pour le développement de la société”, dit-il.

© 2020 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP.