Naftali Bennett: de la tech, à la droite, au poste Premier ministre

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Millionnaire de la tech, Naftali Bennett s’est frayé un chemin en politique en naviguant habilement à la droite de son ex-mentor Benjamin Netanyahu, et s’apprête à prendre sa place dans le cadre d’une “coalition du changement”.

Crâne dégarni, kippa discrète et anglais d’Américain, M. Bennett dirige la formation Yamina, un jeune parti qui prône à la fois un ultra-libéralisme économique, une certaine ouverture sur les questions de société mais aussi l’annexion de près des deux tiers de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël.

Entré dans l’arène politique il y a huit ans, il est devenu immédiatement une figure incontournable du “camp nationaliste”, expression consacrée en Israël pour désigner ceux qui penchent du centre droit jusqu’à l’extrême droite. Et a su en jouer.

“Je suis dans une position confortable, toujours un peu à la droite de Bibi (Netanyahu ndlr). Quand je m’exprime sur les questions diplomatiques ou sécuritaires, il va finir par monter d’un cran pour me rattraper”, disait-il lorsqu’il était encore son ministre.

Naftali Bennett, 49 ans, s’est en effet rapidement imposé comme l’incontournable “faiseur de roi” des coalitions formées par Benjamin Netanyahu. Malgré son faible score aux dernières législatives, le voilà aujourd’hui en mesure de porter le coup final à son ex-mentor.

– Kippa au pouvoir –

Son ralliement surprise à la nouvelle alliance hétéroclite qui va de son parti de droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe a été négocié au prix fort: le poste de Premier ministre jusqu’en 2023.

Le dirigeant de Yamina n’a d’ailleurs eu que quelques heures pour justifier son choix, s’imposer en homme du rassemblement et polir son costume de “Premier ministre désigné”.

“Je savais que je serais critiqué”, lance-t-il, calme, à la télévision, alors que l’extrême droite l’affuble sur internet, lui, l’ancien représentant des colons, du keffieh palestinien.

“J’ai choisi ce qu’il fallait faire pour le bien d’Israël”, martèle celui qui est en passe de devenir le premier chef de gouvernement religieux de l’Histoire du pays à porter une kippa.

Marié à Gilat Bennett, pâtissière de formation, et père de quatre enfants, il suit une pratique stricte du judaïsme, néanmoins ouverte sur la modernité.

Né le 25 mars 1972 à Haïfa (nord), ce fils d’immigrants américains a servi dans la prestigieuse unité militaire “Sayeret Matkal”, avant de s’imposer comme un ténor de la “start-up nation” avec son entreprise de cybersécurité Cyotta vendue pour 145 millions de dollars en 2005.

– “Pas d’Etat palestinien” –

Le diplômé en droit fait l’année suivante le saut en politique pour le Likoud, le parti pour lequel a toujours voté sa famille et où il devient le bras droit de Benjamin Netanyahu.

Deux ans plus tard, M. Bennett quitte le parti pour diriger le Conseil de Yesha, principale organisation représentant les colons israéliens en Cisjordanie, qui deviendront son fonds de commerce politique, même si lui n’a jamais habité dans l’une de ces implantations controversées.

En 2012, il prend les rênes de Foyer Juif, le parti historique des colons qui s’est ensuite greffé à d’autres micro-partis pour former “Yamina” (A droite), laissant les discours les plus radicaux à de nouveaux partis plus extrémistes encore.

Mais celui qui prône aujourd’hui le “consensus” a multiplié pendant des années des propos nationalistes musclés.

Exemple? Le conflit avec les Palestiniens ne pouvait être réglé mais enduré comme un “éclat d’obus dans les fesses”. Ou encore: il n’y a pas d’occupation israélienne en Cisjordanie car “il n’y a jamais eu d’Etat Palestinien”. Voire: les “terroristes doivent être tués pas libérés”, termes lancés à l’égard de prisonniers palestiniens.

Mais M. Bennett, qui a occupé cinq portefeuilles ministériels depuis 2013 et était ministre de la Défense encore en 2019, n’a jamais montré d’ardeur à transformer ces déclarations en véritable projet politique.

Il a une “image faite sur mesure pour un public qui cherche désespérément un remplaçant légitime à Netanyahu”, note Evan Gottesman de l’Israel Policy Forum.

La plupart des commentateurs israéliens de gauche comme de droite ne lui prédisent pas une longévité exceptionnelle au nouveau poste. “Comme toute cette génération 3.0, il va avoir du mal à rester en place trop longtemps”, s’avance le journal de gauche Haaretz.