“Nous sommes les voyous!”: affrontements entre bandes criminelles et police à Caracas

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“Tirez sur les immeubles ! Nous sommes les voyous !”, crie un membre d’un des gangs de Caracas qui défient la police et font régner la terreur depuis plusieurs jours en tirant en rafales sur la ville depuis les “barrios”, les quartiers populaires situés sur les hauteurs de la capitale.

Apeurée et enfermée dans son petit appartement au bas d’un des ces quartiers, Maria, qui tient à conserver l’anonymat, a enregistré les cris sur son téléphone et attend la fin de la “bataille” pour sortir. “Sorcières ! Sorcières ! (le nom des policiers), je vais lancer les bombes en-bas”, a-t-elle aussi enregistré.

Les bandes et la police s’affrontent depuis mercredi. Des zones entières dans les “barrios” et dans les quartiers en contrebas sont désertes ou presque. Des routes et des grands axes de Caracas, situés non loin, sont coupés avec quelques rares passants qui traversent en courant les espaces exposés.

La ministre de l’Intérieur et de la Justice, Carmen Melendez, a indiqué que le gouvernement avait ordonné “un déploiement pour une opération de protection” des habitants “dans les zones en proie aux criminels”.

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Les forces de l’ordre ont positionné des blindés et des agents en armes au pied des “barrios”.

Equipés de gilets pare-balles, les policiers se protègent derrière des murs entre les immeubles pour éviter les balles qui pleuvent par à-coups des hauteurs.

– Balles traçantes, matériel de guerre –

La plupart attendent calmement des ordres. “La nuit a été pire. On a passé la nuit là. Il y avait encore plus de tirs. Avec des balles traçantes”, commente stoïquement l’un d’eux, au pied de la Cota 905, qui a donné son nom à la bande du même nom. “Ceux-là (les bandits), il sont hors de contrôle”.

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“Ils ont des armes modernes. On attend le feu vert pour monter et nettoyer tout ça”, souffle un autre derrière son blindé, regrettant “l’impunité” des bandes.

Symptôme de cette impunité, les autorités ont lancé jeudi des avis de recherches avec 500.000 dollars de récompense contre trois chefs de ces bandes dont le célèbre et très médiatique “El Koki”, un jeune chef habitué à poster des vidéos sur les réseaux sociaux.

Grenades, fusils de guerres, mitrailleuses, armes de poings brillantes paraissant neuves, jumelles, radios : les gangs, qui ont creusé des tranchées dans les collines, sont organisés et tiennent leur terrain, a constaté un journaliste de l’AFP sur place.

Les combats on fait une dizaine de morts, selon les médias locaux, alors qu’une source médicale évoque deux policiers blessés. Sur les réseaux sociaux circulent des vidéos de personnes blessées par des balles perdues.

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En juin, ces affrontements récurrents ont coûté la vie à au moins trois personnes, dont une infirmière victime d’une balle perdue alors qu’elle faisait le plein de son véhicule.

Aucun bilan officiel n’a été donné sur les troubles des derniers jours.

Mais le pays avec 12.000 morts violentes par an, selon l’ONG Observatoire vénézuélien de la violence (OVV) est un des pays les plus violents de la planète, avec un taux de 45,6 morts violentes pour 100.000 habitants, sept fois supérieur à la moyenne mondiale.

“Je passais quand j’ai entendu les rafales et je me suis abrité. J’attends que ça passe. Les plombs volent !” affirme Luis Flores, 34 ans, coursier à moto. “Tout le monde a peur !”, dit-il.

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“J’ai peur tous les matins, car tu ne sais pas si tu vas arriver (vivante au travail)”, raconte Deny Rodriguez, 44 ans. “Les gangs ont décrété des +zones de paix+ qui sont interdites à la police. Ils ne veulent pas qu’ils rentrent (dans le quartier). Mais je dois aller travailler tous les jours”.

Comme des centaines de personnes, elle est passée vendredi à quelque mètres du corps d’un homme tué à un carrefour la veille, et toujours pas retiré plus de 24 heures plus tard.