Pedro Sanchez, un joueur tenace prêt à prendre des risques

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Ancien joueur de basket, autrefois surnommé “le beau gosse”, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a démontré sa tenacité et sa disposition à prendre des risques dans un parcours politique en forme de montagnes russes.

Le chef du gouvernement sortant affronte les élections législatives de dimanche dans l’espoir d’élargir la courte majorité remportée lors des précédentes en avril. Mais les sondages ne lui prédisent au mieux qu’un résultat identique, avec la répétition du blocage politique que connaît l’Espagne depuis 2015.

Pour cet économiste de 47 ans, à l’aise en anglais contrairement à la plupart des hommes politiques de son pays, ce ne sera qu’un obstacle de plus dans une carrière politique mouvementée qui a fait d’un jeune député inconnu le chef du plus ancien parti d’Espagne.

Il y a trois ans, il était donné pour politiquement mort après avoir essuyé en 2015 et 2016 les pires résultats électoraux de l’histoire du Parti socialiste ouvrier espagnol. Les caciques du PSOE l’avaient démis de la présidence.

Six mois plus tard, il se fait réélire par les militants qu’il a rallié en sillonnant l’Espagne dans sa voiture personnelle.

Après quoi, en désaccord avec le parti, il abandonne son siège de député pour ne pas voter comme les autres socialistes qui laissent le conservateur Mariano Rajoy gouverner en minorité.

Mais le 1er juin 2018, il tente un coup de poker et parvient à renverser Rajoy, coulé par un scandale de corruption, en rassemblant les voix de la gauche et des partis basques et catalans.

La majorité bancale qui l’avait soutenu finit par exploser en février, l’obligeant à convoquer les élections d’avril.

Vainqueur sans majorité absolue, incapable d’obtenir la confiance de la Chambre, il est obligé de retourner aux urnes en comptant sur une victoire plus nette.

Télégénique mais sans charisme, Pedro Sanchez est reparti en campagne, toujours impeccablement cintré dans son costume.

– Un joueur téméraire –

“C’est un joueur, parfois téméraire, prêt à prendre des risques, qui ainsi déstabilise facilement ses adversaires”, estime José Ignacio Torreblanca, du think tank European Council on Foreign Relations.

Né à Madrid le 29 février 1972, Pedro Sanchez grandit dans une famille aisée, entre un père entrepreneur et une mère fonctionnaire. Haut de 1,90 m, il joue au basket et étudie l’économie dans la capitale espagnole puis décroche un master en économie politique à l’Université libre de Bruxelles.

Marié et père de deux adolescentes, Sanchez se présente sur son compte Twitter comme “Premier ministre d’Espagne et père”.

Mais la politique est sa passion.

Il s’inscrit au Parti socialiste à 21 ans, devient conseiller municipal de Madrid de 2004 à 2009, puis député quand une démission libère un siège à la Chambre. Et il est propulsé en 2014 à la tête du Parti socialiste, à la faveur des premières primaires de l’histoire du parti.

Un parcours où l’obstination triomphe, raconté cette année dans un livre intitulé “Manuel de résistance”, le premier à avoir été publié par un chef de gouvernement espagnol en exercice.

– Exhumer Franco –

Une fois à la Moncloa, M. Sanchez a frappé les esprits en nommant le gouvernement le plus féminin de l’histoire espagnole, en acceptant d’accueillir les migrants recueillis par le bateau humanitaire Aquarius, dont personne ne voulait, et en augmentant le salaire minimum de 22%.

En octobre, il parvient à exhumer le dictateur Francisco Franco de son mausolée pharaonique malgré l’opposition de ses descendants, mais provoquant l’indignation de la droite, qui le traite de “profanateur”.

Son mandat aura été dominé par la crise catalane.

Il avait ébauché avec les indépendantistes catalans un dialogue qui a tourné court à l’ouverture du procès de leurs dirigeants pour la tentative de sécession de 2017.

Mais depuis que leur condamnation le 14 octobre a déclenché des manifestations qui ont fait plus de 600 blessés, accusé de faiblesse par la droite, il a durci le ton contre les séparatistes.

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