Pour sceller le retrait d’Afghanistan, un Biden pugnace joue la carte du courage politique

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“Je n’allais pas prolonger cette guerre éternelle et je n’allais pas prolonger le retrait éternel”: Joe Biden a choisi mardi un ton très ferme, presque vindicatif par moments, pour sceller le calamiteux retrait américain d’Afghanistan.

Le président américain, qui sort très ébranlé de ce mois d’août désastreux pour la première puissance militaire du monde, a pris tout son temps pour s’exprimer, de manière solennelle, sur la fin de la plus longue guerre des Etats-Unis.

Il a laissé s’écouler près de 24 heures après l’annonce du retrait des derniers soldats par le haut commandement militaire américain, avant de s’avancer vers les caméras dans un salon de la Maison Blanche.

Dans son discours, le démocrate de 78 ans, haussant souvent la voix, a repris un à un les arguments qu’il martèle depuis des semaines, jusqu’à cette conclusion sans appel: “C’est la bonne décision, une sage décision, et la meilleure décision pour l’Amérique.”

La Maison Blanche a voulu mettre en scène un commandant en chef inflexible, alors que Joe Biden et ses plus proches lieutenants ont souvent semblé désemparés face à la victoire éclair des talibans en Afghanistan.

– Faire oublier Camp David –

Alors que Kaboul tombait à la mi-août, le président américain s’est ainsi retranché plusieurs jours dans la résidence de vacances des présidents américains à Camp David, seul devant des écrans de visioconférence, une attitude qui sera difficile à faire oublier.

Son administration, cette machine si bien huilée, a ensuite tenté de reprendre la main, en communiquant sans relâche sur l’opération d’évacuation aérienne mise en place par l’armée américaine, et surtout en martelant que la décision du retrait était irrévocable.

Balayant les appels à maintenir une présence réduite ou à prolonger un peu, Joe Biden a répété qu’à ses yeux, c’était tout ou rien: soit “quitter l’Afghanistan, soit dire que nous ne partions pas et renvoyer des dizaines de milliers de soldats à la guerre”.

Et il a organisé le retrait selon son propre agenda, “pas celui des talibans”, a assuré sa porte-parole Jen Psaki mardi.

“Il n’a pas mis fin à la guerre, il a capitulé”, a toutefois tweeté Greg Steube, élu républicain à la Chambre des représentants, exprimant l’une des grandes critiques faites à Joe Biden.

Le président a par ailleurs loué “l’extraordinaire succès” de la mission qui a permis d’évacuer plus de 120.000 personnes d’Afghanistan, là où de nombreux républicains lui reprochent d’avoir abandonné entre 100 et 200 citoyens américains, désireux de partir.

Autre argument encore répété mardi par Joe Biden: la menace terroriste a changé. Plus diffuse, elle appelle une stratégie “ciblée” plutôt que des envois massifs de troupes.

Le président américain, qui met souvent en avant son empathie, sa compassion, a depuis le début joué à propos de l’Afghanistan la carte, plus froide et plus tactique, du courage politique.

– Pari politique –

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Mardi, il a vertement critiqué son prédécesseur Donald Trump, rappelant que ce dernier avait “passé un accord” avec les talibans pour un départ d’Afghanistan au 1er mai.

Mais c’est lui, Joe Biden, qui a fait le sale boulot, voilà du moins le message sous-entendu tout au long de son discours mardi.

Le pari de la Maison Blanche est le suivant: bien sûr, les Américains ont été ébranlés par ce retrait humiliant et désordonné. Bien sûr, le pays s’est ému devant les jeunes visages des militaires tombés à Kaboul dans l’attentat la semaine dernière revendiqué par la branche locale du groupe Etat islamique.

Mais à long terme, espère Joe Biden, l’opinion publique américaine lui sera reconnaissante d’avoir mis fin à un conflit impopulaire et, en réalité, presque oublié avant ces catastrophiques dernières semaines.

Pour la majorité des experts, à long terme, le président sera jugé sur ses promesses de prospérité pour la classe moyenne et sur sa capacité à contenir la pandémie de Covid-19, pas sur ses qualités de chef de guerre.

Et nul doute que l’ancien sénateur, friand de tractations parlementaires, ne demande pas mieux que de se consacrer à nouveau à ses grands projets d’investissements.

Joe Biden doit convaincre le Congrès de finaliser, dans les prochaines semaines, son faramineux programme d’infrastructures et de dépenses sociales, dont le montant cumulé pourrait flirter avec les 5.000 milliards de dollars.