Prison de Condé-sur-Sarthe: le détenu radicalisé interpellé, sa compagne décédée

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Michaël Chiolo, le détenu radicalisé qui a poignardé mardi matin deux surveillants à la prison de haute sécurité d’Alençon/Condé-sur-Sarthe (Orne), a été interpellé dans la soirée par le RAID avec sa compagne, décédée peu après des suites de ses blessures par balles.

Le procureur de la République de Paris Rémy Heitz a précisé lors d’un point presse sur place dans la soirée que trois gardes à vue étaient en cours.

Il s’agirait pour deux d’entre eux d’un co-détenu et sa compagne, également présents dans l’unité de vie familiale (UVF) au moment de l’agression des surveillants, selon des sources concordantes. Quant à la troisième personne placée en garde à vue, son identité n’était pas certaine mardi soir.

Une enquête de flagrance a été ouverte pour “tentative d’assassinat sur personnes dépositaires de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs en vue de préparer des crimes d’atteintes aux personnes”, a-t-il dit.

Après l’agression vers 09h45 des deux surveillants avec des couteaux en céramique, Michaël Chiolo, 27 ans, s’était retranché avec sa compagne pendant près de dix heures dans l’unité de vie familiale de la prison.

Après de vaines tentatives de négociations, le RAID avait lancé l’assaut vers 18h40. De nombreuses détonations ont été entendues par des journalistes de l’AFP.

L’attaque, qui s’est produite en début de matinée, avait été qualifiée de “terroriste” dès la mi-journée par la ministre de la Justice Nicole Belloubet. Rémy Heitz a expliqué que le détenu a affirmé vouloir “venger” l’auteur de l’attentat de Strasbourg.

“L’opération a été longue et complexe du fait du lieu et des profils des terroristes et bien sûr de la suspicion de présence d’explosifs”, a indiqué Jean-Baptiste Dulion, patron du RAID.

Les surveillants ont été grièvement blessés au visage et au thorax, selon une source policière. Âgés d’une trentaine d’années, ils ont été hospitalisés mais leurs jours ne sont pas en danger, a précisé Alassanne Sall, délégué FO de la prison, ajoutant que le détenu avait crié “Allah Akbar” en les agressant.

D’après Philippe Devique (Ufap), l’un des surveillants, blessé au thorax, “est sorti du bloc opératoire et est maintenant en convalescence, sous le choc à la fois de l’opération et de l’agression sauvage”. Quant au deuxième, “il est assez gravement blessé au visage et psychologiquement très perturbé”.

A l’issue d’une visite à l’hôpital et à la prison dans la soirée, Mme Belloubet a indiqué n’avoir pu voir que l’un des deux surveillants blessés, qu’elle a trouvé “extrêmement choqué”.

Détenu de droit commun, Michaël Chiolo, qui purge une peine de 30 ans, est considéré comme “radicalisé en prison”, selon une source policière. Il n’était cependant pas détenu dans le quartier pour radicalisés ouvert en septembre, d’après FO. “Je crois savoir que c’est un individu qui était fiché”, a précisé la ministre de la Justice.

– “Un couteau en céramique” –

Le couple aurait utilisé comme arme un couteau en céramique qui “aurait pu lui être apporté” par la femme, avait estimé la ministre de la Justice à la mi-journée.

Selon des sources concordantes la femme aurait pu cacher les armes ainsi que la fausse ceinture d’explosif dans un faux ventre de femme enceinte.

Nicole Belloubet a annoncé une inspection “pour comprendre comment ce couteau a pu entrer”. Les conclusions de cette inspection lui seront remises “dans un mois” et elle a indiqué s’être engagée auprès des personnels à revenir dans le centre pénitentiaire.

“Vous avez des portiques de détection mais la céramique ça ne sonne pas à moins de faire une fouille à corps de la personne extérieure. On n’a pas le droit de fouiller les personnes extérieures comme ça”, a expliqué Philippe Devique.

“C’est vraiment une tentative d’assassinat. Il y avait du sang partout. L’unité de vie familiale était un champ de bataille”, avait expliqué M. Sall.

Converti à l’islam en 2010, le détenu purge une peine de réclusion criminelle pour arrestation, enlèvement, séquestration suivie de mort et vol avec arme, et d’un an d’emprisonnement pour apologie publique d’acte de terrorisme. Il est libérable en 2038.

En novembre 2015, alors qu’il était déjà incarcéré à Mulhouse dans l’attente de son jugement en appel, Michaël Chiolo avait été condamné à un an de prison ferme pour avoir demandé à ses codétenus de “rejouer” l’attaque du Bataclan dans la cour de la maison d’arrêt.

La maison centrale de Condé-sur-Sarthe, “l’un des deux établissements français les plus sécuritaires”, accueille 110 détenus pour 195 places, selon la ministre de la Justice.

Cette agression intervient dans un contexte de climat social tendu dans les prisons françaises. Des surveillants ont aussitôt débrayé mardi devant des établissements et un appel a été lancé par des syndicats pour une mobilisation nationale dès mercredi.