Procès en appel de Mladic: ses avocats préviennent d’un possible “déni de justice”

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Les avocats de l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, dont le procès en appel s’est ouvert mardi devant la justice internationale à La Haye, ont estimé qu’il pourrait être victime d’un “déni de justice” en raison de son état de santé.

Condamné en première instance à la prison à vie notamment pour son rôle dans le génocide de Srebrenica, Ratko Mladic a des problèmes de santé et de mémoire, ont affirmé ses conseils.

Initialement prévues en mars, les audiences ont été reportées une première fois car Mladic, 78 ans, a subi une opération du côlon, et une seconde fois à cause de la pandémie de Covid-19.

Il est apparu mardi matin, frêle silhouette portant un masque qu’il a ensuite ôté, et s’est plaint d’avoir du mal à suivre les travaux du tribunal dans ses écouteurs.

“Cette audience est inappropriée et fait courir le risque d’un déni de justice”, a déclaré dans son propos préliminaire son avocat, Dragan Ivetic.

“Je ne suis pas en mesure d’obtenir des instructions correctes de sa part et je ne suis pas sûr qu’il puisse suivre convenablement les débats”, a-t-il ajouté.

Contacté par l’AFP, le fils de l’ancien chef militaire a lui aussi affirmé que la santé de son père ne lui permettait pas de se préparer aux audiences.

“Il n’a pas l’énergie nécessaire” et sa mémoire peut lui jouer des tours, a expliqué Darko Mladic, mais le MTPI a jugé que les conditions n’étaient pas remplies pour justifier un nouveau report.

Surnommé le “Boucher des Balkans”, Mladic a été condamné en première instance en 2017 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à la détention à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour son rôle dans la guerre en Bosnie (1992 – 1995), qui a fait quelque 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés.

Les premières audiences dans son procès en appel, fermées au public en raison du nouveau coronavirus, se dérouleront mardi et mercredi devant le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), qui a repris les travaux du TPIY après sa fermeture.

Ratko Mladic aura l’occasion de prendre la parole personnellement mercredi, pendant 10 minutes, en fin d’audience.

– “Achever sa mission” –

Il a notamment été condamné en première instance pour son rôle dans le siège de Sarajevo et le génocide de Srebrenica en 1995, pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale, où plus de 8.000 hommes et garçons musulmans ont été tués par les forces serbes de Bosnie.

La défense et l’accusation ont toutes deux fait appel. Dans son jugement, le TPIY a acquitté Mladic du chef de génocide dans plusieurs autres municipalités, ce qui constitue l’essentiel de l’appel interjeté par le procureur.

A cause de la pandémie, les familles de victimes ne se rendront pas à La Haye.

“C’est la première fois que nous n’assistons pas à un événement important se déroulant au tribunal à La Haye”, a déclaré à l’AFP Munira Subasic, présidente de l’association des Mères de Srebrenica.

Toutefois, Mme Subasic ne souhaite pas un autre report du procès : le MTPI “ne doit pas perdre la motivation et doit achever sa mission”, estime-t-elle.

“Nous espérons que Mladic sera reconnu coupable de génocide pour des crimes commis dans d’autres municipalités aussi, pas seulement pour ceux commis à Srebrenica”, ajoute-t-elle.

Ratko Mladic est l’un des principaux dirigeants jugés par la justice internationale pour les crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie, outre l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, mort dans sa cellule à La Haye d’une crise cardiaque en 2006, avant l’achèvement de son procès.

Karadzic, condamné à 40 ans de prison en première instance pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a finalement été condamné en appel à la prison à vie en 2019.

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