Quatre nouveaux morts en Irak où la désobéissance civile s’amplifie

0
97

Quatre manifestants ont été tués dimanche dans le sud de l’Irak où la désobéissance civile s’amplifie face à un pouvoir toujours intransigeant envers la plus importante contestation de l’histoire récente du pays.

Au premier jour de la semaine en Irak, une nouvelle fois, c’est une annonce gouvernementale qui a suscité un regain de mobilisation.

Le ministère de l’Education avait décrété que les cours devaient reprendre après près de deux mois de manifestations ayant fait près de 350 morts et un mois sans école dans de nombreuses villes du Sud.

Mais rien n’y a fait pour les protestataires qui réclament une refonte du système politique et un renouvellement complet d’une classe dirigeante jugée corrompue, incompétente et loyale au grand voisin iranien qu’ils accusent de tirer les ficelles chez eux.

“Les menaces des dirigeants ne nous font pas peur. Ils peuvent couper les salaires, tous nos salaires réunis ne pèsent rien face à une goutte de sang de tous ceux qui sont tombés en manifestant”, s’emporte Salem Hassan, qui conspue le pouvoir à Amara, dans le Sud.

– Lenteur et “barbarie” –

“On ne peut pas rester silencieux face à la barbarie des dirigeants et au temps qu’ils prennent pour satisfaire nos revendications”.

A l’heure de la rentrée, dimanche matin à Nassiriya –où deux manifestants ont été tués dans des affrontements avec les forces de l’ordre, d’après des sources médicales– aucune école n’avait ouvert, de même qu’à Hilla, Diwaniya, Najaf, Kout, Amara et Bassora, ont constaté des correspondants de l’AFP.

En outre, Nassiriya, foyer historique de révolte, était coupée en deux: les manifestants brûlaient des pneus sur les cinq ponts enjambant l’Euphrate qui la traverse. Ils bloquaient également les accès à la branche locale de la compagnie publique du pétrole et un champ pétrolier proche de la ville.

Quant aux administrations publiques du Sud, la plupart étaient bloquées par des manifestants qui depuis plusieurs semaines placardent portes et murs d’enceinte des bâtiments officiels d’affiches proclamant: “Fermé sur ordre du peuple”.

Dans la province pétrolière de Bassora –où deux manifestants ont été tués dans la matinée, selon la Commission gouvernementale des droits humains– les principaux axes routiers étaient également coupés, malgré des tentatives de dispersion à balles réelles, selon un correspondant de l’AFP, dont la route menant au port d’Oum Qasr, vital pour les importations irakiennes et ouvert jusqu’ici.

Des heurts ont également éclaté dans la nuit dans la ville sainte chiite de Kerbala.

Là, des manifestants ont affirmé à l’AFP que les forces de l’ordre jetaient “des cocktails Molotov sur des maisons” qui ont été en partie incendiées. Les protestataires répondent avec ces mêmes bouteilles enflammées.

L’un d’eux, visage caché par un foulard noir, a affirmé se mobiliser pour “une demande simple: la chute du gouvernement corrompu”, dans l’un des pays les plus riches en pétrole du monde.

– Budget, nerf de la guerre –

Depuis le 1er octobre, les Irakiens sont dans la rue pour le premier mouvement de contestation spontané depuis la chute en 2003 du dictateur Saddam Hussein dans la foulée de l’invasion américaine.

Leur principal point de ralliement est la place Tahrir de Bagdad, occupée jour et nuit, et voisine de ponts et de rues commerçantes devenus champ de bataille au coeur de la deuxième capitale la plus peuplée du monde arabe. Là, dix manifestants ont été tués ces trois derniers jours.

Les Irakiens en colère réclament des emplois pour les jeunes –dont un sur quatre est au chômage– et une amélioration des conditions de vie des 20% de la population qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Face à eux, le pouvoir, qui a un temps été ébranlé mais a depuis resserré les rangs, ne propose que des réformes à la marge: une nouvelle loi électorale qui peine à voir le jour au Parlement et un remaniement ministériel partiel annoncé depuis des semaines mais qui pourrait n’être qu’une façon de se débarrasser de certains sans changer la face du pouvoir, selon des analystes.

Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi a indiqué que la priorité était désormais le vote du budget 2020. Reposant quasi-totalement sur l’argent du pétrole, ce budget est depuis des années le principal garant de la paix sociale dans un pays rongé par le clientélisme.

Mais avec déjà un tiers des 111 milliards de dollars de budget 2019 consacré aux salaires des fonctionnaires, les économistes assurent que celui de 2020 devrait exploser, car le gouvernement a annoncé des milliers d’embauches pour tenter d’endiguer la contestation –sans toutefois lancer les réformes nécessaires pour développer un secteur privé quasi-inexistant en Irak.

© 2019 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP.