Renaud, dix mois sans alcool et une âme d’enfant : “une victoire sur la vie”

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Je suis grincheux, timide, innocent et fragile, énonce Renaud, répondant par l’affirmative, quand le journaliste Eric Mandel lui demande s’il a préservé sa part d’enfance. J’ai gardé ma faculté d’émerveillement et je pleure au cinéma quand c’est triste. Mais la recherche de mon enfance perdue me fait du mal, se complaire dans la nostalgie est une douleur.” A 67 ans, le chanteur retrace pour Le Journal du dimanche du 24 novembre 2019 l’histoire et les petites histoires de son 17e album, Les Mômes et les enfants d’abord, qui doit paraître cinq jours plus tard : entre nécessité masochiste et inexpugnable tendresse de la nostalgie, Mister Renard est désormais bien loin, ne reste que le coeur à nu de Renaud.

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Ma patrie, c’est l’enfance“, revendique sans candeur l’artiste – et on ne peut s’empêcher de penser alors à Johnny qui, avant de disparaître et de léguer ce témoignage dans son album posthume, clamait que “[s]on pays, c’est l’amour“. “Je l’ai beaucoup chantée dans ma carrière. Je voulais faire cet album depuis vingt ans“, porusuit Renaud, expliquant avoir eu le déclic en voyant les “petits fauves de 6 à 12 ans” massés au pied de la scène et reprenant en choeur ses chansons lors de sa dernière tournée, se délectant des licences syntaxiques telles que “dès que le vent soufflera/je repartira“. Parmi les douze titres du nouveau disque, les “petits fauves” pourront notamment dévorer Les Animals et ses enfantillages teigneux…

Conscient que “le temps file” et, sans doute, qu’il n’est pas incassable après la chute dans les escaliers qui a broyé son corps, Renaud n’a pas traîné pour écrire – en huit jours ! – cette ode à l’enfance en douze tableaux aux tons et aux thèmes variés, illustrée en pochette par un portrait signé du dessinateur Zep, le “papa” de Titeuf. “Cet album, je l’ai aussi fait pour aller de l’avant après les disparitions successives de mon frère et de ma mère au début de l’année. Travailler m’a permis de chasser mes idées noires“, admet-il par ailleurs.

Les poumons sont certes un peu encrassés…

De quoi le tenir à distance, également, de ses vieux démons. Alors qu’il évoque sa chanson On va pas s’laisser pourrir, que sa fille Lolita trouve “moralisatrice” mais qu’il serait “ravi” de voir servir à une campagne de prévention contre les dangers de l’alcool, du tabac et du cannabis chez les jeunes, il fait le point sur son combat personnel : “J’ai arrêté l’alcool depuis plus de dix mois, apparemment sans difficulté. C’est déjà une victoire sur la vie. Ce n’est pas la première fois, mais en général je tenais quinze jours et je replongeais“, note-t-il, glissant au passage que la conversion de ses copains aux “boissons pour enfants” lui facilite la tâche.

Quant aux séquelles des années d’excès passées, il ne peut qu’en convenir : “Ah, ma voix ! Le nombre de fois où j’ai entendu “Renaud a la voix chevrotante, caverneuse”. C’est plus vrai que jamais. Lors des premières sessions d’enregistrement, je chantais mal, vraiment. C’était trop décousu“, reconnaît-il. Mais il est finalement parvenu à renouer avec “le Renaud d’antan“, celui qui, “loubard et gavroche“, a fait dire à l’une de ses fans : “Tu ne chantes pas juste, tu ne chantes pas faux, tu chantes vrai.” A part ça… “Le foie va bien, les poumons sont certes un peu encrassés mais je respire bien mieux depuis une petite opération de la carotide“, livre-t-il en guise de bulletin médical infirmant les rumeurs alarmistes colportées par une certaine presse.

Malone, je l’ai préservé des infos à la télé

Père de Malone, né de ses amours avec Romane Serda et qui arrive dans l’adolescence (13 ans), Renaud n’a pas cessé d’observer le monde autour, comme l’indique la chanson Ca va gueuler, “pas sa préférée“, qu’Eric Mandel lui fait commenter à propos d’une allusion aux attentats : “Depuis Charlie, nos enfants doivent apprendre à vivre avec cette menace. Mon fils Malone, 13 ans, je l’ai préservé des infos à la télé et je n’ai fait aucun travail pédagogique. Il aura tout le temps d’apprendre ce qu’est le terrorisme. Mais il était important pour moi d’évoquer cette triste réalité au détour d’une chanson, sans pathos mais avec une certaine légèreté enfantine“, explique-t-il, bientôt 18 ans après Manhattan-Kaboul. Mais le gamin du 14e arrondissement parisien préfère de loin rester du côté de l’insouciance des souvenirs, comme ceux de Parc Montsouris : “J’y suis allé avec mes parents, mes potes, puis mes enfants“, savoure-t-il encore lorsqu’on évoque la chanson très intime qu’il a écrite à propos du parc en question.

Le nouvel album de Renaud a été dévoilé en avant-première “dans le préau de la maternelle de [s]on enfance, rue Sarrette“. Il se verrait bien aller chanter ses nouveaux titres dans les écoles, notamment l’établissement Renaud-Séchan qui existe à Mirabel-aux-Baronnies, dans la Drôme provençale. “Avoir une école à son nom, c’est bien plus gratifiant que les trophées“, souligne-t-il en repensant à son père instituteur et auteur de romans pour enfants dans la Bibliothèque rose. Quand Renaud s’abreuve à la fontaine de jouvence, tous les espoirs sont permis.

Renaud, “Ma patrie, c’est l’enfance”, un entretien à retrouver en intégralité dans le JDD du 24 novembre 2019.

Les mômes et les enfants d’abord (Warner), disponible le 29 novembre.