Salvador: deux années de présidence Bukele, entre soutien populaire et réprobation internationale

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Le président salvadorien Nayib Bukele, fort du soutien populaire, fête mardi ses deux premières années, à la tête de l’Etat, décriées par la communauté internationale inquiète de ses penchants autoritaires alors qu’il a entrepris de concentrer entre ses mains tous les pouvoirs avec l’aide du Parlement.

“Le Salvador vit des temps que l’on ne peut que qualifier d’inquiétants et dangereux. En dépit du manque de visibilité sur la direction que prend le pays, une importante majorité de la population a une confiance aveugle dans le président et soutient ses décisions sans se préoccuper des conséquences”, s’inquiète un éditorial de l’influente Université centroaméricaine (UCA, jésuite).

Avec sa casquette de base-ball tournée à l’envers et ses blousons de cuir, Nayib Bukele a bousculé le jeu politique traditionnel à coups de tweets et de communication sur les réseaux sociaux.

Il a réussi à capitaliser le sourd mécontentement populaire contre les deux partis qui s’étaient succédé au pouvoir depuis la fin de la guerre civile en 1992 : l’Alliance Républicaine Nationaliste (Arena, droite) et le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN, ancienne guérilla marxiste).

Selon un sondage du Centre de Recherches et d’études sociales (CIESCA) –que le chef de l’Etat s’est empressé de partager la semaine dernière– 89% des Salvadoriens soutiennent la politique de son gouvernement.

– “Avalanche publicitaire” –

Pour Laura Andrade, la directrice de l’Institut sur l’opinion publique de l’UCA “‘il y a une avalanche publicitaire” de la propagande gouvernementale sur les réseaux sociaux qui “déforme la manière d’interpréter la réalité par la population salvadorienne”.

Lors des ces deux années au pouvoir, son “grand succès est d’avoir fait baisser les homicides” de 50 à 20 pour 100.000 habitants, dans un pays alors considéré comme l’un des plus dangereux au monde, hors pays en guerre, reconnaît l’ancien député social-chrétien Juan José Martel.

En outre, estime M. Martel, le chef de l’Etat a réussi à “amortir” le choc économique de la pandémie en soutenant avec une pension de 300 dollars les familles les plus pauvres et en distribuant des denrées alimentaires.

– Main basse sur le Parlement –

Sa popularité ne se démentant pas, ses alliés ont fait main basse sur le Parlement, récoltant 61 des 84 sièges lors des élections législatives de février.

A peine entrés en fonction le 1er mai, les parlementaires ont destitué huit hauts magistrats constitutionnels et le procureur général, nommés par leurs prédécesseurs, soulevant un tollé international et des milieux de l’opposition qui ont dénoncé une atteinte à la séparation des pouvoirs.

Le nouveau Parlement a aussi mis fin aux exemptions fiscales dont bénéficiaient les journaux.

La vice-présidente américaine Kamala Harris a annoncé que Washington allait “riposter”. Le gouvernement américain a pour l’heure mis un terme à sa coopération avec la police salvadorienne et avec l’Institut gouvernemental d’accès à l’information, et a réorienté ses subventions vers les organisations de la société civile de lutte contre la corruption.

Après cette prise de distance de Washington, le Salvador s’est tourné vers la Chine, avec laquelle a été conclu un accord de coopération de 500 millions de dollars.

“Le président (Bukele) a pris la relation avec la Chine comme une concurrence avec la coopération des Etats-Unis”, et cela “c’est un jeu négatif pour le pays”, juge l’ancien ambassadeur du Salvador à Washington Ruben Zamora.

– Coup de froid –

Le coup de froid entre San Salvador et Washington intervient au moment où le président Bukele négocie auprès du FMI l’obtention d’un prêt de 1,3 milliard de dollars alors que la dette extérieure du pays flirte avec les 90% de son PIB.

Pour obtenir gain de cause, cette fois le chef de l’Etat ne pourra pas faire appel à la force armée, comme il l’avait fait en 2020 lorsqu’il avait investi le Parlement, alors dominé par l’opposition, avec des policiers et des militaires armés pour faire pression sur les parlementaires qui refusaient d’approuver un prêt de financement d’un plan de lutte contre l’insécurité.

Ce premier incident avait fait sonner l’alarme dans les chancelleries, inquiètes d’un tournant autoritaire du président Bukele.

L’opposition et les diplomates observent à présent avec appréhension les préparatifs pour une réforme de la Constitution et craignent qu’elle ne permette une réélection du président, aujourd’hui élu pour un unique mandat de cinq ans.

Même si le gouvernement assure que ce n’est pas dans ses projets, un sondage du CIESCA tweeté par le chef de l’Etat mentionne que 95% des Salvadoriens y seraient favorables.

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