Sergueï Kovaliov, une grande figure de la dissidence soviétique

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Sergueï Kovaliov, décédé lundi à 91 ans, a consacré sa vie à la défense des droits humains et a été l’une des grandes figures de la dissidence à l’époque soviétique, puis une voix respectée, critique de l’autoritarisme de Vladimir Poutine.

“A l’époque, il y avait des gens prêts à faire de la prison pour avoir le droit à une chose aussi éphémère que le respect de soi. Et il y avait des gens qui n’étaient pas prêts à cela”, déclarait en 2017 le dissident russe à l’AFP, expliquant la raison de son engagement.

C’est au milieu des années 1950 que Sergueï Kovaliov, jeune étudiant en biologie, manifeste pour la première fois son indépendance d’esprit en participant à la lutte de certains biologistes contre Trofim Lyssenko, pourfendeur de la “science bourgeoise” et auteur d’une théorie qui s’est révélée être une imposture scientifique.

En 1968, alors qu’il dirige un laboratoire de biologie à l’Université de Moscou, il s’engage activement dans la dissidence en devenant membre du Groupe d’initiative pour la défense des droits de l’Homme, le premier du genre en URSS. Ce qui lui vaut d’être aussitôt privé de son poste.

Devenu un proche de l’académicien dissident Andreï Sakharov, il participe pendant plusieurs années à la rédaction de la Chronique des évènements en cours, bulletin clandestin tapé à la machine qui rend compte des violations des droits humains en URSS: arrestations, internements psychiatriques d’opposants, situation dans les camps et prisons…

La Chronique est alors l’une des sources principales des journalistes et diplomates occidentaux qui suivent la situation en Union soviétique.

Sergueï Kovaliov est finalement arrêté en 1974 et accusé de s’être livré à de la “propagande antisoviétique”.

Il est condamné à sept ans de camp suivis de trois ans d’assignation à résidence dans la Kolyma, région glaciale du nord-est du pays.

– “Idéaliste en politique” –

Passionné par la biologie, Sergueï Kovaliov reconnaissait avoir rêvé un temps de se consacrer uniquement à la science. Il a changé d’avis après l’arrestation des écrivains Iouli Daniel et Andreï Siniavski en 1965, moment fondateur de la dissidence: “J’ai alors compris qu’il n’était pas possible de s’occuper uniquement de science. Cela aurait été honteux”.

Autorisé à revenir à Moscou en 1987, grâce à la perestroïka lancée par Mikhaïl Gorbatchev, il a été l’un des fondateurs de l’ONG Memorial, qui s’occupe de l’histoire des répressions de l’époque soviétique.

Sergueï Kovaliov a été l’un des rares dissidents à se lancer dans la vie politique: il a contribué à la rédaction de la nouvelle Constitution russe et a été deux fois élu député.

Devenu président de la Commission pour les droits humains auprès du président Boris Eltsine, il se rend à plusieurs reprises sur le terrain pendant la première guerre de Tchétchénie (1994-1996) et dénonce les exactions de l’armée russe contre les civils.

En 1996, il démissionne de ses fonctions, accusant Boris Eltsine d’être responsable du conflit en Tchétchénie et d’avoir mis fin à sa politique de réformes démocratiques.

Très critique du système de Vladimir Poutine, Sergueï Kovaliov avait dénoncé ces dernières années des lois promulguées par le président russe qu’il jugeait liberticides.

“Ces lois donnent des possibilités illimitées à l’arbitraire du pouvoir: on peut condamner qui on veut, à la peine qu’on veut”, avait-il commenté.

En 2014, après le début du conflit dans l’Est de l’Ukraine, il avait appelé les Occidentaux, dans une lettre ouverte, à “arrêter l’expansion russe” en Ukraine. Il avait par ailleurs lancé une mise en garde contre la propension, selon lui, de l’Occident à faire “trop de concessions à la Russie”.

Il était à peine moins sévère envers certains dirigeants de l’opposition actuelle au Kremlin, qu’il accusait d’être des pragmatiques sans fortes convictions morales.

“J’appartiens à la famille des idéalistes en politique”, reconnaissait volontiers Sergueï Kovaliov.