Sri Lanka: Le président du Parlement soutient le Premier ministre limogé

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Le président du Parlement sri-lankais a reconnu dimanche Ranil Wickremesinghe comme étant le Premier ministre légitime, deux jours après que son limogeage par le chef de l’Etat eut plongé l’île dans la crise politique.

Bien qu’officiellement renvoyé vendredi, M. Wickremesinghe faisait dimanche de la résistance, refusant de quitter sa résidence officielle après la décision surprise du chef de l’Etat Maithripala Sirisena de le remplacer par son prédécesseur à la présidence.

Le parti au pouvoir lui avait donné jusque dimanche matin pour quitter sa résidence de Temple Trees à Colombo.

Mais Ranil Wickremesinghe, 69 ans, qui juge son éviction illégale, n’a pas tenu compte de cet ultimatum, et ce même si son successeur désigné, Mahinda Rajapakse, est allé recueillir la bénédiction des moines avant de s’atteler à la formation de son cabinet.

Mahinda Rajapakse avait dirigé le Sri Lanka d’une main de fer entre 2005 et 2015 et mis fin en 2009 aux combats entre la minorité tamoule et la majorité cinghalaise au prix d’un bain de sang.

Dimanche, un millier de partisans du Premier ministre déchu se sont rassemblés aux abords de la résidence officielle, où M. Wickremesinghe a multiplié les consultations avec ses alliés.

Des militaires ont également été déployés dans le quartier, mais rien ne laissait penser à un assaut imminent des forces de sécurité.

– “Conséquences graves” –

M. Wickremesinghe s’est vu priver samedi par le président de ses voitures de fonction et de ses services de sécurité, alors qu’il demandait une session d’urgence du Parlement pour prouver qu’il a toujours la majorité.

Mais au lieu de ça, le président Sirinesa a suspendu jusqu’au 16 novembre le Parlement pour couper court à toute contestation parlementaire de sa décision de nommer M. Rajapakse.

Ajoutant à l’incertitude, le président du Parlement Karu Jayasuriya a jugé dimanche légitime la demande du chef du gouvernement sortant de se maintenir en poste tant qu’un autre candidat ne pouvait justifier d’une majorité parlementaire.

“Cette demande est démocratique et juste”, a déclaré M. Jayasuriya dans une lettre dans laquelle il a aussi mis en garde le chef de l’Etat contre les “conséquences graves et indésirables” que pourrait avoir la suspension du Parlement.

Des responsables sri-lankais ont indiqué que la police allait désormais demander un mandat pour expulser le Premier ministre limogé, ce qui risque d’aggraver une crise qui inquiète la communauté internationale.

M. Rajapakse, dont des partisans ont pris le contrôle de deux chaînes de télévision publique, s’est rendu dans un temple bouddhiste très vénéré du quartier de Kandy, dans le centre, pour recueillir la bénédiction des moines. Ses conseillers ont indiqué qu’il pourrait nommer quelques ministres dès dimanche et commencer lundi à travailler.

Une alliance du parti de M. Wickremesinghe et du Parti pour la Liberté du Sri Lanka de M. Sirisena avait éjecté M. Rajapakse lors d’élections en 2015.

– “Coup d’Etat constitutionnel” –

Mais les relations entre les deux partis s’étaient fortement dégradées ces dernières années en raison notamment de divergences en matière de politique économique.

M. Sirisena avait affirmé qu’il ne ferait qu’un mandat mais indiqué depuis qu’il chercherait à se faire réélire l’an prochain, alors que l’on prête aussi à M. Wickremesinghe des ambitions présidentielles.

Déjà limogé en 2004 par le président d’alors, M. Wickremesinghe avait fait amender la Constitution en 2015 pour supprimer le pouvoir présidentiel de limoger un Premier ministre. Cela n’a pas empêché la décision vendredi de M. Sirisena.

Les Etats-Unis et l’Union européenne ont appelé samedi toutes les parties à respecter la Constitution et à s’abstenir de toute violence.

L’Inde a dit qu’elle observait “attentivement” les développements à Colombo et appelé au respect des “valeurs démocratiques et (du) processus constitutionnel”.

M. Rajapakse est considéré comme étant plus proche de la Chine que M. Wickremesinghe, qui avait oeuvré à un rapprochement avec les alliés traditionnels du Sri Lanka et l’Inde.

Certains observateurs pensent que la crise va se déplacer sur le terrain judiciaire.

Dimanche, des journaux privés sri-lankais qualifiaient les décisions présidentielles de “coup d’Etat constitutionnel”.

L’ancien ministre des Affaires étrangères G. L. Peiris, un fidèle de M. Rajapakse, a jugé qu’il n’y avait rien d’illégal à limoger M. Wickremesinghe, le mettant au défi de prouver le 16 novembre qu’il avait la majorité.