Togo : quel avenir pour l’opposition après son boycott des législatives ?

0
197

Première publication :

Le parti au pouvoir au Togo a largement remporté les législatives du 20 décembre. Mais l’opposition togolaise, qui boycottait le scrutin, appelle à de nouvelles mobilisations.

Comme on pouvait s’y attendre, l’opposition ne sera pas représentée à l’Assemblée nationale. Sans surprise, le parti du président Faure Gnassingbé, l’Union pour la République (UNIR) a obtenu 59 des 91 sièges à l’Assemblée nationale lors des élections législatives du 20 décembre, selon des résultats officiels provisoires de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), publiés lundi 24 décembre. Une raffle de la majorité du fait du boycott du C-14, la principale coalition de l’opposition qui réunit quatorze partis politique. Des partis qui avaient dénoncé des “irrégularités” dans la préparation du scrutin et avaient incité leurs supporters à ne pas s’inscrire sur les listes.

De fait, le parti au pouvoir, UNIR, pouvait espérer remporter les quatre cinquièmes des sièges au Parlement (73 sièges contre 62 actuellement) pour faire passer aisément une réforme constitutionnelle autorisant le président Faure Gnassingbé à se représenter en 2020 et en 2025. Mais la majorité pourra compter sur son allié principal, l’Union des forces de changement (UFC) de l’ex-opposant historique Gilchrist Olympio, arrivée en deuxième position avec six députés et d’autres partis et indépendants ayant obtenu 18 sièges. “Nous sommes satisfaits des résultats obtenus lors des législatives. Parce que nous n’avons pas aligné des listes électorales dans toutes les circonscriptions” a affirmé à France 24 Gilbert Bawara, ministre de la Fonction publique du Togo.

Politique de la chaise vide

Après plus d’un an de grave crise politique, et des dizaines de marches de protestation, certaines massives, les leaders de la principale coalition des quatorze partis politiques de l’opposition (C-14) n’ont pas présenté de candidats, et n’auront plus aucune représentation au parlement.

“Ils ont préféré une politique de la chaise vide. L’Assemblée nationale est aujourd’hui unicolore. Alors que tout se jouera au parlement. À moins de repenser une autre stratégie pour aller à la présidentielle, c’est parti pour avoir Faure Gnassingbé [au pouvoir depuis 2005] comme président jusqu’en 2030”, explique un observateur de la vie politique togolaise. “Nous avons une Assemblée nationale qui est vraiment pluraliste. Et qui représente une variété de sensibités et de courants de pensée. C’est l’essentiel”, a retorqué le ministre togolais de la Fonction publique . “Maintenant, ceux qui ont décidé de ne pas aller aux élections : ils sont des partis de l’opposition. Mais ils resteront une opposition extra-parlementaire”.  

>> À lire aussi : “Au Togo, des élections législatives sous tension”

En novembre 2018, l’opposition avait rejeté en commission des lois le projet de réformes constitutionnelles. Mais sans député après ces législatives au sein du parlement, cela semble bien impossible pour ceux qui ont toujours réclamé davantage de transparence et des réformes constitutionnelles pour permettre la limitation du mandat présidentiel.

“Ce n’est pas une politique de la chaise vide. Moi je n’aime pas trop cette formulation. Participer à des élections est un acte responsable. Et les conditions ne sont pas réunies pour qu’on aille aux élections. Il y a une feuille de route qui prescrit des réformes institutionnels constitutionnelles et électorales. Et c’est justement à cause de l’absence de ces réformes qu’il y a une crise”, a réagi Jean-Pierre Fabre, le leader de l’opposition togolaise, contacté par France 24.

Pourtant les observateurs de l’Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) ont salué la bonne tenue de ces législatives. Les dirigeants ouest-africains également se sont félicités samedi à Abuja (Nigeria) de la tenue des législatives “libres et transparentes”, conformément à leur feuille de route pour une sortie de crise au Togo. Ils ont “fortement regretté” le boycott de ce scrutin par la C-14, “malgré les efforts considérables déployés par les facilitateurs pour favoriser des élections inclusives avec une participation équitable de tous les acteurs à la Céni”.

“Nous déplorons le boycott de l’opposition et nous le trouvons incompréhensible. Mais nous n’avons aucun moyen de coercition pour les obliger à participer aux législatives”, explique Gilbert Bawara.

Selon le ministre togolais de la Fonction publique, “tous les efforts d’ouverture et de compromis ont été consentis”. Selon ce dernier, un consensus a été trouvé grâce aux facilitateurs pour recomposer la Céni de manière paritaire : huit représentants de l’opposition, huit représentants de la majorité, en plus d’un représentant de l’administration. Mais la C-14 réclamait un refonte totale de la Commission électorale.

Appel de nouveau à une mobilisation populaire

Quel avenir donc pour l’opposition en dehors de la chambre du parlement ? Selon Emmanuelle Sodji, correspondante de France 24 au Togo, avec ce boycott “l’oppositon sort perdante sur le court terme. Et il n’est pas à exclure que de grosses manifestations reprennent”. “Nous savons ce que nous faisons. Et nous assumons ce boycott. Ce dont le Togo a besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’un siège de député, mais d’alternance de démocratie et d’un État de droit. Ce que nous avons aujourd’hui, c’est une démocratie de façade. Ce n’est pas en participant à des simulacres d’élections que nous allons mettre fin à la crise togolaise. Le peuple a son destin en main et sait ce qu’il doit faire”, s’est insurgé Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance nationale (ANC) pour le changement qui appelle à une mobilisation populaire.

>> À lire aussi : “Répression meurtrière au Togo à la suite de manifestations de l’opposition”

“Les Togolais ont eu du temps depuis août 2017 pour apprécier de la qualité et de la sincérité de cette opposition. Il faut œuvrer pour plus de paix et de tolérance. Le gouvernement continuera avec une politique d’ouverture. Mais en même temps il y aura une fermeté absolue envers ceux qui seront tentés de semer le chaos”, affirme-t-on du côté du pouvoir.