Turquie: acquittement du mécène Osman Kavala dans un procès emblématique

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Un tribunal turc a acquitté mardi plusieurs figures majeures de la société civile, dont le célèbre mécène Osman Kavala, une décision inattendue annoncée à l’issue d’un procès emblématique de l’érosion des libertés en Turquie.

“En l’absence de preuves suffisantes” pour appuyer les accusations de “tentative de renversement du gouvernement”, le tribunal de Silivri, près d’Istanbul, a acquitté M. Kavala et huit co-accusés qui comparaissaient mardi, selon une correspondante de l’AFP.

Les accusés étaient poursuivis pour leur implication dans des manifestations antigouvernementales en 2013, connues sous le nom de mouvement de Gezi, visant l’actuel président Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre.

Pour nombre d’ONG, ce procès, qui reposait sur peu d’éléments concrets, visait à intimider la société civile pour dissuader toute nouvelle manifestation d’envergure contre M. Erdogan qui, depuis 2003, dirige la Turquie d’une main de plus en plus ferme.

Le tribunal a par ailleurs ordonné la remise en liberté de M. Kavala, incarcéré depuis plus de deux ans dans le cadre de cette affaire qui a suscité la vive inquiétude des ONG et des pays occidentaux quant à la situation des libertés en Turquie.

M. Kavala, un homme d’affaires et philanthrope âgé de 63 ans connu des cercles intellectuels en Europe, était notamment accusé d’avoir financé le mouvement de Gezi. Il risquait la prison à vie.

Après l’annonce de cette décision, les dizaines de personnes présentes au tribunal pour soutenir les accusés ont applaudi à tout rompre, selon la journaliste de l’AFP.

Le tribunal a en outre dissocié les dossiers de sept autres accusés absents mardi, dont le journaliste Can Dündar, qui s’est exilé en Allemagne.

Le “procès de Gezi” était emblématique des pressions croissantes contre la société civile en Turquie, en particulier depuis une tentative de putsch en 2016 contre M. Erdogan suivie de purges massives.

Les acquittements mardi interviennent ainsi à la veille de la reprise d’un autre procès emblématique, celui de plusieurs défenseurs des droits humains, dont le président honoraire d’Amnesty International en Turquie, jugés pour “terrorisme”.

– “Immenses souffrances” –

Dans ce contexte, l’acquittement prononcé mardi était “tout à fait inattendu”, a déclaré à l’AFP Andrew Gardner, chercheur à Amnesty International en Turquie. “Dommage qu’Osman Kavala ait été injustement emprisonné pendant tout ce temps”, a-t-il ajouté.

“Toute cette affaire a causé d’immenses souffrances à ceux qui ont été visés à tort, à commencer par Osman Kavala. C’est un procès dont le seul but était de s’en prendre à des défenseurs des droits humains”, a abondé la représentante en Turquie de l’ONG Human Rights Watch, Emma Sinclair-Webb.

Le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, l’un des principaux opposants de M. Erdogan, a pour sa part salué une décision qui “renouvelle notre confiance dans la justice”.

Le mouvement de Gezi a commencé avec un sit-in pour défendre le parc de Gezi, l’un des rares espaces verts au cœur d’Istanbul. Après une répression brutale, il s’est transformé en mouvement plus global contre M. Erdogan.

Hétéroclite, le mouvement rassemblait pêle-mêle des militants écologistes, des étudiants manifestant pour la première fois, des associations défendant les droits des femmes ou encore des musulmans anticapitalistes.

Le président Erdogan décrit régulièrement le mouvement de Gezi comme une “tentative de coup d’Etat” préfigurant une tentative de renversement, bien réelle celle-là, en juillet 2016.

En décembre, la Cour européenne des droits de l’Homme avait réclamé la libération immédiate de M. Kavala, soulignant l’absence de “faits, informations et preuves” dans l’acte d’accusation.

Parmi les éléments de l’accusation figurait une carte de la répartition des abeilles sur le territoire turc, trouvée dans le téléphone de M. Kavala. Le document a été présenté comme une preuve que le mécène entendait redessiner les frontières du pays.

Le président Erdogan a plusieurs fois attaqué nommément M. Kavala, l’accusant de “financer les terroristes” et d’être “le représentant en Turquie” du milliardaire américain d’origine hongroise George Soros, bête noire de plusieurs dirigeants autoritaires dans le monde.

La décision rendue mardi intervient quelques jours après l’acquittement de la célèbre romancière Asli Erdogan dans un autre procès symbolique où elle était accusée d’activités “terroristes”.

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