Ukraine: baptême du feu diplomatique à Paris pour le comédien Zelensky

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Totalement novice en politique, le favori de la présidentielle en Ukraine passe son baptême du feu diplomatique vendredi à Paris: le comédien Volodymyr Zelensky est reçu par le président Emmanuel Macron pour un rendez-vous très scruté à neuf jours du second tour.

Quand il montera vers 13H00 GMT les marches de l’Elysée, l’acteur, habitué aux plateaux de télévision et scènes de théâtres, aura-t-il un avant-goût des cinq ans à venir? Inimaginable il y a peu, son élection à la tête d’un pays en guerre et en lourdes difficultés économiques est désormais prise très au sérieux vu son avance du premier tour et dans les sondages pour le second.

Son passage à Paris s’inscrit dans une phase diplomatique pour une campagne jusqu’ici très rocambolesque.

Le président Petro Porochenko, lui aussi en lice, se rend de son côté à Berlin rencontrer Angela Merkel puis à Paris où il sera reçu, après son rival, par Emmanuel Macron.

“Ces négociations sont importantes” pour “le sort de l’Etat ukrainien et de la sécurité européenne”, surtout dans le contexte de “tentatives” de lever les sanctions occidentales contre la Russie, a expliqué jeudi M. Porochenko.

La campagne à Kiev est suivie de près par la France et l’Allemagne, qui forment avec la Russie et l’Ukraine le “Format de Normandie” qui a encadré le processus de paix dans l’Est de l’Ukraine, où la guerre avec les séparatistes a fait près de 13.000 morts en cinq ans.

Frappée par de lourdes sanctions occidentales, la Russie est accusée par Kiev et les Occidentaux de soutenir militairement les séparatistes, ce qu’elle réfute.

Se posant en rempart face à Vladimir Poutine, le président ukrainien, ancien ministre des Affaires étrangères de 53 ans, met en avant son expérience du pouvoir à l’issue d’un mandat marqué par des difficiles négociations de paix ou un accord clé de rapprochement avec l’Union européenne.

Il l’oppose à l’inexpérience de son rival qu’il a enjoint de débattre, défi qui s’est transformé en chamailleries sans pour l’instant aboutir.

– “Echanger des amabilités” –

Considéré par ses partisans comme un nouveau visage dans un paysage politique compromis, l’acteur n’a organisé aucun meeting électoral et s’est exprimé surtout sur les réseaux sociaux.

En le recevant, l’Elysée a suscité un certain agacement à Kiev. “C’est une situation très désagréable et étrange”, a déclaré à l’AFP une source diplomatique ukrainienne. “Cela fait très concours de beauté”, a renchéri une autre.

Si la présidence française a mis en avant son statut de “candidat qualifié pour le second tour de la présidentielle”, certains observateurs estiment que le comédien de 41 ans est pris au sérieux surtout grâce à son bon score au premier tour: plus de 30% contre 16% pour Petro Porochenko.

Confirmant son statut de favori, un sondage publié jeudi le crédite de 61% des intentions de vote pour le second tour contre seulement 24% pour son concurrent.

“La France montre qu’elle comprend dans quelle direction se dirigent les électeurs ukrainiens et qu’il faut établir les contacts”, commente Leonid Litra, expert du centre d’analyse New Europe à Kiev.

Pour lui, la rencontre pourrait permettre au comédien d’exposer sa vision du processus de paix pour l’Est de l’Ukraine, actuellement au point mort, auquel il a suggéré d’impliquer Londres et Washington.

Elle présente par ailleurs peu de risque de faux pas diplomatique de la part du comédien: “Ce n’est pas compliqué d’échanger des amabilités et Zelensky sait bien le faire”.

La présidentielle en Ukraine se déroule au moment où cette ex-république soviétique de 44 millions d’habitants située aux portes de l’Union européenne est confrontée à la pire crise depuis son indépendance en 1991.

L’arrivée de pro-occidentaux au pouvoir en 2014 a été suivie par l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie et la guerre dans l’Est.

Avant le début des hostilités dans l’Est, M. Zelensky s’était d’abord montré conciliant, se disant prêt à se mettre “à genoux” devant M. Poutine pour éviter un “conflit militaire” entre les deux “peuples frères”.

Après le premier tour de la présidentielle, il a durci le ton disant vouloir demander au Kremlin des compensations pour la guerre et l’annexion de la Crimée.