Ultime jour des législatives en Russie, les consignes de vote de l’opposition supprimées

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Les Russes se rendent aux urnes dimanche pour l’ultime jour des législatives, scrutin duquel le mouvement de l’opposant Alexeï Navalny a été écarté et dont les consignes de vote ont été supprimées sous la pression des autorités.

Ce scrutin devrait sans surprise être remporté par le parti au pouvoir, Russie Unie — malgré son impopularité — après des mois de de répression qui ont écarté les détracteurs du président Vladimir Poutine de ces élections tenues sur trois jours, de vendredi à dimanche, et en partie en ligne.

Militant anticorruption et bête noire du Kremlin, Alexeï Navalny, 45 ans, a été emprisonné pour une affaire de fraude qu’il juge politique, ses organisation ont été classées “extrémistes” et ses alliés ont soit fui le pays, soit ont été placés en liberté surveillée par la justice.

“Il n’y a pratiquement pas d’élections. Les gens n’ont quasiment pas le choix, il y a peu de partis, en fait il n’y a rien entre quoi choisir”, a résumé auprès de l’AFP Vladimir Zakharov, homme d’affaires de 43 ans venu voter samedi à Saint-Pétersbourg, deuxième ville du pays.

“Un choix sans choix. Nous choisirons le moindre mal”, a abondé Ekaterina, une cadre de 40 ans.

Quelque 108 millions de Russes sont appelés aux urnes jusqu’à 17H00 GMT dimanche, les premières estimations étant attendues en fin de soirée. Le scrutin vise à renouveler les 450 mandats de députés de la Douma, la chambre basse du Parlement actuellement dominée par Russie Unie. Des élections locales et régionales ont également lieu.

Presque aucun candidat anti-Poutine n’ayant été autorisé à se présenter aux législatives, les partisans de M. Navalny ont mis sur pied une stratégie dite du “vote intelligent” destinée à soutenir le candidat — souvent communiste — le mieux placé pour mettre en difficulté celui du pouvoir.

– “David et Goliath” –

Par le passé, cette tactique avait rencontré un certain succès, notamment lors d’élections à Moscou en 2019, et les autorités se sont attelées ces derniers mois à bloquer tout accès à ces consignes de vote, mettant notamment sous pression les géants de l’internet Google et Apple.

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Google et Apple ont finalement plié vendredi, acceptant de supprimer de leur boutiques respectives l’application mobile du “vote intelligent” d’Alexeï Navalny, dont les partisans ont aussitôt dénoncé une “censure” et accusé les deux firmes américaines de “céder au chantage du Kremlin”.

Dans la foulée de cette décision, la messagerie Telegram, fondée par le Russe Pavel Dourov, a aussi supprimé les consignes de vote de sa plateforme, obligeant l’opposition à se rabattre sur Twitter et des documents Google Docs.

Sur fond de pression grandissante sur les réseaux sociaux en Russie, accusés de ne pas supprimer des contenus jugés “illégaux”, et notamment politiques, des sources proches d’Apple et de Google ont indiqué à l’AFP que leurs décisions avaient été prises face aux menaces des autorités, notamment d’arrêter leurs employés locaux.

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Léonid Volkov, proche collaborateur de M. Navalny, a ainsi reconnu samedi que le Kremlin avait obtenu une “victoire énorme” sur les géants de l’internet, appelant malgré tout les partisans de l’opposition à se mobiliser dans cette “bataille entre David et Goliath”.

Samedi, la Commission électorale russe a elle assuré avoir subi des cyberattaques organisées depuis “l’étranger”, et dit s’attendre à de nouvelles tentatives dimanche.

Selon la liste des violations tenues par l’ONG de défense des droits des électeurs Golos, plus de 2.865 irrégularités ont été reportées après deux jours de vote, dont du bourrage d’urnes et des pressions pour aller voter.

L’essentiel de l’opposition ayant été bannie du scrutin, Russie Unie devait s’imposer, faute de concurrence réelle et malgré une cote de popularité à moins de 30%, selon le centre de sondage étatique VTsIOM. Les autres partis représentés à la Douma — communistes, nationalistes et centristes — sont dans l’ensemble dans la ligne du président Poutine, qui reste lui populaire.