Un barrage de l’Allier réaménagé “sur-mesure” pour les saumons sauvages

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Sur l’Allier, l’une des dernières rivières où fraye le saumon atlantique après son séjour dans l’océan, EDF reconstruit un barrage “sur mesure” pour faciliter le passage de ces poissons migrateurs gravement menacés.

“Demain, il n’y aura plus d’obstacle, la rivière coulera librement” et “le saumon retrouvera des conditions naturelles pour remonter”, s’enthousiasme Sylvain Lecuna, hydrologue de formation et chef du titanesque chantier du barrage de Poutès (Haute-Loire).

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L’ouvrage, construit en 1941 dans une zone propice à la reproduction du saumon sauvage, constituait du fait de sa hauteur le principal obstacle sur le parcours de ces poissons, qui effectuent plus de 800 kilomètres entre le haut Allier et l’océan, vers l’Atlantique nord.

Après s’être nourris de petites crevettes au large du Groenland, ils reviennent pondre à l’endroit même où ils sont nés, sur l’Allier, deux à trois ans plus tard, selon un mécanisme instinctif encore inexpliqué.

La souche Loire-Allier du saumon atlantique est la dernière d’Europe capable de parcourir ces milliers de kilomètres mais sa population est gravement menacée par les activités humaines, la pollution, le réchauffement climatique et les nouveaux prédateurs.

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D’une hauteur de 20 mètres, le barrage de Poutès entravait le départ des jeunes -appelés smolts- et bloquait le retour des adultes après leur séjour dans l’océan.

A l’issue des travaux, début 2022, la retenue d’eau sera réduite de 3,5 km à 400 mètres et les jeunes saumons, qui mettaient plusieurs semaines à passer, traverseront “en quelques heures”, explique Sylvain Lecuna.

Surtout, le nouvel ouvrage abaissé à sept mètres disposera de deux nouvelles vannes au centre, ouvertes trois mois par an pour faciliter la “montaison” des saumons adultes jusqu’à leurs zones de frayère (lieu où les femelles déposent les oeufs).

L’ouverture des vannes se fera en collaboration avec les spécialistes de l’espèce, selon les périodes clés de migration.

Dans le même temps, la production d’énergie hydraulique a été maintenue à 85%: “C’était important d’un point de vue local d’avoir cette énergie renouvelable bas carbone”, se félicite le responsable EDF.

Le chantier, lancé en 2019 pour un coût de 18,3 millions d’euros, a été entièrement pensé avec les acteurs locaux et les associations de défense de l’environnement, après plusieurs années de conflits, puis de concertation.

– “Encore du travail” –

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“Le combat a payé”: “Pour une fois, le compromis était intelligent et il est à mon avis durablement une solution pour l’Allier et le saumon”, estime Roberto Epplé, président de l’association SOS Loire Vivante et militant de la première heure pour la destruction du barrage.

“Le fait qu’un saumon soit là est un indicateur d’une excellente qualité de l’eau, donc on sauve le saumon comme symbole et en même temps, on sauve la rivière” puisque le barrage permettra également la circulation des sédiments, détaille-t-il.

Le temps presse car la population de saumons a fortement chuté. Au début du XXe siècle, les captures avoisinaient 4 à 5.000 saumons dans la Loire. Seulement 263 spécimens ont été identifiés fin août à la principale station de comptage située à Vichy (Allier). La moyenne des années précédentes s’établissait à près de 600.

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“Le soutien à l’espèce a été fortement réduit. Les effectifs étaient remontés au début des années 2000 et certains ont pensé que c’était gagné”, regrette Céline Bérard, directrice adjointe du conservatoire national du saumon sauvage (CNSS), implanté à Chanteuge, à quelques kilomètres du barrage.

Lors de sa création en 2001, le CNSS, qui élève des saumons pour la reproduction, relâchait près d’un million d’alevins par an, mais les lâchers sont désormais limités à 300.000/an.

“Si on perdait ce saumon de souche aujourd’hui, on ne pourrait pas le remplacer à l’avenir, il serait définitivement perdu”, alerte la responsable.

La reconstruction du barrage de Poutes représente “un grand espoir”, car “c’est le premier que rencontrent les poissons à leur descente mais ce n’est pas le seul”, souligne-t-elle.

“Il y a encore du travail à faire” et “nous ne pourrons pas sauver le saumon sans appui extérieur, pour pouvoir écrire une success story au lieu d’une fin programmée”.