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Un Moyen-Orient en plein chaos est-il dans l’intérêt de l’Occident ?

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Un Moyen-Orient en plein chaos est-il dans l’intérêt de l’Occident ?

S’il y a une chose sur laquelle tout le monde est d’accord au Moyen-Orient, c’est que cette partie du monde est à feu et à sang. De massacres en exterminations ethniques et toute une panoplie d’horreurs qui surgissent ici et là avec toujours des innocents comme victimes…

Les images des villes entières telles qu’Alep et Mossoul rasées par les bombardements ou la guerre civile, sont chaque jour là pour nous mettre d’accord sur ce côté sinistre du Moyen-Orient. De l’Afghanistan à l’Irak, de la Syrie au Liban, du Yémen à la Libye presque aucun pays de cette région tumultueuse n’est épargné.

Jusque maintenant, en Occident, ni les Américains ni les Européens, n’ont pris d’initiatives concrètes et efficace pour sortir cet Orient si complexe du chaos. Il est vrai que la complexité des forces influentes dans les événements de ce côté du monde n’est pas là pour réconforter la détermination que nécessiterait une volonté d’agir.

Des points d’interrogation sur l’avenir hantent l’Occident et l’empêchent de s’engager sérieusement dans des changements au Moyen-Orient. Ses préoccupations sont légitimes, si on s’en tient aux exemples libyen et égyptien. On veut bien aider à pousser à la sortie Bachar Al-Assad, mais ceux qui lui succéderont ne seraient pas pires nous dit-on. On veut bien soutenir telle ou telle force à combattre le terrorisme, mais la force qu’on soutient est-elle vraiment mieux que les terroristes qu’on combat ? L’exemple de l’Irak hante les esprits où la milice Hachd al-Chaabi a fait des ravages dans la population sunnite de Mossoul sous prétexte de combattre Daech… tout cela sous la protection des États-Unis et des européens.

Ces questions et beaucoup d’autres incertitudes à propos du futur ont fait que l’Occident préfère tout compte fait, la politique d’attente, qui n’est bien sûr pas une solution, mais qui évite tout de même de commettre une grosse bavure.

Les retombées de ce chaos sur l’Occident

Mais la politique d’attente et d’abstention a eu ses retombées. Les premiers effets de ce chaos du Moyen-Orient, furent les vagues d’attentats meurtriers qui frappèrent l’Europe.

Ce fut ensuite l’afflux des migrants qui a constitué et qui continue de constituer un véritable défit surtout pour le continent européen. Ces populations qui fuient par millions leurs pays devenus invivables créent une problématique immédiate quant à leur intégration pas toujours évidente, leur logement, leur emploi, le financement de leur prise en charge, les réactions hostiles qu’elles peuvent entraîner dans les populations des pays d’accueil, etc.

Par ailleurs, tant que la paix ne se réinstallera pas, le chaos nous prive des terrains sérieux d’investissements et d’échanges commerciaux. On ne peut, en effet, investir des fonds sérieux sur un terrain où règne l’insécurité et l’instabilité politique dont le Proche et Moyen-Orient est devenu le terrain.

L’Iceberg qui bouscule le monde

Pour mieux voir et évaluer les issues, il faut d’abord chercher les racines du chaos qui règne à l’heure actuelle dans le Moyen-Orient.
La première racine du mal, partout où l’on cherche, est l’idéologie intégriste qui se sert de l’islam comme instrument. Qu’elle se réfère à la branche chiite iranienne ou sunnite, ce djihadisme et extrémisme est capable des mêmes horreurs. L’islam n’est qu’un bouc émissaire dans tout cela.

L’humanisme du Coran, le mysticisme éclairé du chiisme, les différents écoles même rigoriste du sunnisme, n’approuvent pas ces crimes commis au nom de l’islam. L’erreur fréquente est de dissocier ces types d’extrémisme religieux ; une erreur fatale qui finit à amener l’Occident, pour combattre Daech, à s’allier à des forces qui ont suscité l’émergence de ce groupe extrémiste.

Simple leçon d’histoire, l’extermination ethnique des sunnites, opérée par les groupes chiites pro-iranien en Irak et par Bachar Assad en Syrie, a provoqué la création de Daech et a grossi ses rangs. Quand on remonte un peu plus dans l’histoire ont s’aperçoit que cet extrémisme au nom de l’islam s’installe durablement avec la révolution de Khomeiny en Iran. Depuis, partout où l’on cherche les racines du problème, on tombe sur un Iran qui n’a jamais dissimulé ses ambitions extraterritoriales.

En Syrie 80% des fantassins qui combattent pour Bachar Al-Assad sur le terrain sont les gardiens de la révolution iraniens et des miliciens libanais, irakiens ou afghans formés par les forces et l’argent du régime iranien. La milice irakienne Hachd al-Chaabi est un satellite des gardiens de la révolution en Irak. Ce groupe est formé, financé et commandé par l’Iran. Le Général iranien, Qassem Soleimani est en fait le véritable maître de l’Irak. Au Liban, on n’a plus à démontrer que le Hezbollah est une succursale des gardiens de la révolution. Leur chef, Hassan Nasrollah, le souligne presque à chaque intervention. Au Yémen, ce n’est plus un mystère non plus que c’est l’Iran qui finance et qui arme la milice Ansarollah des Houthis. À Bahreïn, au Koweït on ne compte plus les tentatives d’attentats déjoués, attentats souvent commandés à Téhéran.

Les traces iraniennes vont aujourd’hui jusqu’en Afrique subsaharienne. Au mois de mai dernier, aux obsèques du Brigadier-Général Chaâban Nassiri, le bras droit du fameux Soleimani, tués dans les combats de Mossoul, on a appris que celui-ci a passé quatre ans de mission en Somalie. Tout cela n’est que la partie visible de l’Iceberg.

Au début de 2016, un juge d’instruction de New York, Georges Daniels, a accusé l’Iran d’avoir « facilité l’exécution des attentats terroristes qui ont frappé ( le 11 septembre 2001) à New York et à Washington ». Le même juge a dressé un réquisitoire qui fournit un regard en profondeur sur près de 300 cas d’implications de l’Iran dans le financement du terrorisme et de collaborations avec des organisations terroristes, dont l’Al-Qaïda.

Les issues

L’Occident a toujours tenté de ramollir la théocratie iranienne en composant avec les ayatollahs. Les résultats obtenus sont loin d’afficher une grande victoire de la diplomatie occidentale. Le plus grand accord obtenu en juillet 2015 sur le programme nucléaire du régime iranien devait justement calmer l’ardeur du régime iranien dans la région. C’est justement l’inverse qui s’est produit. Devant cet échec, des diplomates occidentaux argumenteront que choisir une confrontation avec la dictature iranienne entraînerait une intervention militaire avec tous ses méfaits. On est donc condamné à poursuivre les négociations et de se contenter du peu de restrictions qu’on peut infliger à Téhéran dans cette stratégie de dialogue.

Cette réplique fait un amalgame entre la situation en Iran et les autres pays de la région au lendemain du printemps arabe. Mais en réalité aucun de ces pays ne possédait un potentiel social et politique intérieur aussi favorable pour un changement. La population iranienne après près de quatre décennies de pouvoir intégriste est la nation la plus propice à s’insurger contre l’extrémisme religieux. La jeunesse iranienne qui représente la majorité de la population aspire fortement à la liberté et à la laïcité. L’Occident peut soutenir cette aspiration sans chercher à intervenir militairement.

Au cours des récents simulacres d’élections présidentielles en mai dernier en Iran, Mohammad-Bagher Ghalibaf, le Maire de Téhéran qui était l’un des candidats, a reconnu que seulement 4% de la population soutenait le pouvoir. De là à conclure que 96% de la population est contre le pouvoir en place, il n’y a qu’un pas. Ajoutez à ces aveux, les multiples révoltes qui ont secoué cette théocratie pour en déduire qu’on a affaire à un peuple qui possède un potentiel pour opérer un changement du pouvoir, à condition de ne pas être isolé.

« Celui qui aura l’Iran au 21ème siècle, régnera sur le monde ! » avait dit Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter (1977-1981) et grande figure de la politique étrangère américaine qui est décédé le 26 mai dernier. Espérons que ce ne seront plus les mollahs, mais les mouvements d’opposition démocratique qui s’organisent contre la dictature religieuse depuis quatre décennies, malgré une des répressions les plus impitoyables.

mm

Hamid Enayat est un analyste iranien basé en Europe. Militant des droits de l'homme et opposant au régime de son pays, il écrit sur les questions iraniennes

1 réaction

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  1. Kourosh

    29/09/2017 at 20 h 01 min

    Vous êtes complètement à côté de la plaque

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