Un procureur enquêtant sur des proches de Trump refuse de démissionner

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Le ministre américain de la Justice et un procureur fédéral comptant plusieurs enquêtes sur des proches de Donald Trump étaient engagés samedi dans un spectaculaire bras de fer, le procureur de Manhattan assurant n’avoir aucune intention de démissionner malgré l’annonce de son départ.

Tombée tard vendredi soir, cette annonce surprise a provoqué l’indignation chez les critiques de Donald Trump mais aussi le malaise chez certains de ses alliés.

Procureur fédéral de Manhattan depuis 2018, Geoffrey Berman a notamment supervisé la mise en accusation de Michael Cohen, ex-avocat personnel du milliardaire new-yorkais.

Après des aveux retentissants, M. Cohen avait été condamné à trois ans de prison en décembre 2018 pour avoir acheté le silence de deux anciennes maîtresses présumées de Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016, en violation des lois électorales, fraudé sur ses impôts et menti au Congrès.

M. Berman a également mené l’enquête sur les efforts de Rudy Giuliani, l’actuel avocat personnel du président, et deux de ses associés pour discréditer Joe Biden, aujourd’hui adversaire démocrate de M. Trump pour la présidentielle de novembre.

Et le procureur instruit encore un autre dossier visant Rudy Giuliani, selon des médias américains.

Chargé également de l’enquête sur l’affaire Jeffrey Epstein, le procureur fédéral a accusé publiquement début juin le prince Andrew de faire semblant de coopérer dans ce dossier d’exploitation sexuelle de jeunes filles mineures.

– “Pour le compte de Trump” –

C’est vendredi soir tard que le ministre de la Justice William Barr a annoncé la “démission” de M. Berman, en le remerciant.

Dans le même communiqué, il a précisé que le président Trump allait nommer pour le remplacer Jay Clayton, l’actuel patron du gendarme boursier américain (SEC).

Coup de théâtre peu après, Geoffrey Berman a déclaré n’avoir “aucune intention” de quitter son poste et n’avoir appris son départ qu’avec le communiqué de William Barr.

“Je n’ai pas démissionné et n’ai aucune intention de démissionner”, a martelé le procureur.

“Je démissionnerai lorsqu’un candidat désigné par le président sera confirmé par le Sénat. Jusqu’à ce moment-là, nos enquêtes se poursuivront sans interruption”.

Cette passe d’armes a provoqué une avalanche de réactions indignées.

Le départ annoncé “tard vendredi soir pue l’entrave potentielle à une procédure légale”, a tonné le chef de l’opposition au Sénat Chuck Schumer.

“Qu’est-ce qui met le président Trump en colère? Une action antérieure de ce procureur ou une action en cours?”, s’est-il interrogé, avant de demander à M. Clayton de retirer sa candidature, et de réclamer une enquête à l’inspecteur général du ministère de la Justice.

A la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, le président de la commission judiciaire Jerry Nadler a accusé William Barr d’avoir déjà fait entrave à plusieurs reprises “à des enquêtes pénales, pour le compte de Trump”. Il a invité M. Berman à venir témoigner mercredi prochain.

L’administration Trump a limogé plusieurs responsables chargés de superviser l’action gouvernementale.

L’inspecteur général de la diplomatie américaine, Steve Linick, remercié mi-mai, a notamment déclaré que le département d’Etat savait qu’il enquêtait à ce moment-là sur deux dossiers potentiellement gênants pour le ministre Mike Pompeo, un proche du président.

Le prédécesseur de M. Berman, Preet Bharara, qui avait été limogé après avoir refusé de démissionner comme le lui demandait M. Trump, s’est interrogé sur Twitter: “Pourquoi un président se débarrasse-t-il du procureur qu’il a lui-même choisi dans le district Sud de New York un vendredi soir, à moins de cinq mois de l’élection” présidentielle.

Chez les alliés de Donald Trump aussi le malaise perçait.

Le sénateur républicain Lindsey Graham, à la tête de la commission judiciaire qui serait chargée de confirmer, avant un vote en séance plénière, la nomination de Jay Clayton, a souligné dans un communiqué qu’il n’avait pas été prévenu de ce remplacement.

Cet allié de Donald Trump a ajouté qu’il permettrait “comme toujours” aux deux sénateurs de New York, des démocrates, de valider sa nomination avant tout vote en commission. Ce qui, compte tenu des réactions, la condamne d’avance.

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