Une journée pour distribuer 500.000 masques: le road trip d’un médecin texan

0
67

Il a suffi d’un coup de téléphone pour que le médecin Tom Banning se trouve investi d’une mission exceptionnelle: distribuer aux quatre coins du Texas 525.000 masques à des soignants dans le besoin.

A la mi-mars, ce médecin et directeur d’une association de praticiens texans est contacté par un ami avec qui il joue au golf. L’homme lui annonce qu’il a obtenu une cargaison de masques de protection respiratoire en provenance du Mexique, et lui demande s’il connaît des personnes qui seraient intéressées.

“Le Texas entier recherche ce matériel de protection médical !”, lui répond Tom Banning, dont le carnet d’adresses regorge de médecins sur le point de fermer leur clinique par manque d’équipement.

Le lendemain, Tom Banning se rend à l’entrepôt de son ami pour examiner la cargaison. Dans un grand camion de déménagement, il découvre 350 boîtes remplies de masques de protection respiratoire proches du N-95, recommandé aux professionnels de santé par les autorités américaines.

Chaque boîte contient 1.500 masques.

– En voiture ou en avion –

“J’ai pris mon téléphone et j’ai immédiatement commencé à appeler des cabinets dont je savais qu’ils recevaient beaucoup de patients potentiellement atteints du Covid-19”, raconte à l’AFP Tom Banning.

S’engage alors un road trip qui va continuer jusque tard dans la nuit.

D’Austin, où il vit, le médecin saute dans sa voiture avec son fils de douze ans. Il conduit jusqu’à Houston, à 2h30 de là, pour approvisionner en masques l’équipe de soignants qui s’occupe des premiers cas déclarés dans la métropole.

Pendant ce temps, un réseau de santé dépêche un chauffeur pour approvisionner les grandes villes de Dallas et San Antonio, et une association d’hôpitaux ruraux du Texas envoie un avion qui récupère quarante boîtes — soit 60.000 masques.

De retour à Austin, le père et le fils passent le reste de la soirée à répartir les 3.000 masques restants pour les médecins de la région. Parmi eux, Erica Swegler, qui se dit “rassurée” par cette livraison, malgré les risques encourus par son équipe.

Sans Tom Banning et l’aide de certains patients qui lui ont apporté des masques N-95, le Dr Swegler ne disposait d’aucun masque de qualité professionnelle.

Son équipe possède aujourd’hui quatre masques par personne, et les utilise en rotation. “Ils sont censés être à usage unique donc ce n’est pas idéal”, déplore-t-elle, “mais nous pensons que cela nous offre quand même une meilleure protection que des masques de moins bonne qualité”, comme ceux en tissu que les autorités américaines recommandent au grand public de porter.

La praticienne prévoit d’utiliser cet équipement de protection jusqu’à ce qu’il soit “souillé au point d’être inutilisable”.

– “Manque de leadership politique” –

La cargaison provient de la ville frontalière de Matamoros au Mexique. Tom Banning refuse de détailler cette origine pour protéger “la sécurité” du fabricant et des personnes qui ont acheminé les masques à la frontière, dit-il.

Mais le médecin âgé de 47 ans assure que les masques “fonctionnent très bien”. “Ils n’ont pas été approuvés par l’agence américaine du médicament parce qu’ils ont été fabriqués au Mexique, mais ils sont bien mieux qu’un bandana ou que rien du tout !”, assure-t-il.

“Nous n’enverrions pas des soldats au front de la manière dont nous équipons nos médecins”, surtout ceux travaillant en cabinet, fulmine celui qui se dit propulsé par la “colère”.

Tom Banning rêve de fédéraliser l’approvisionnement et la distribution des masques, alors que ce sont les différents Etats américains qui organisent eux-mêmes la gestion des ressources.

Le président Donald Trump a déclaré le 19 mars que les Etats-Unis n’étaient pas un “préparateur de commandes” et que l’approvisionnement des Etats en matériel de protection incombait à chacun des 50 gouverneurs, même si le gouvernement fédéral américain a distribué plus de 10 millions de masques à travers le pays – et en a commandé bien plus.

Les différents Etats doivent donc s’affronter sur les marchés locaux, nationaux et internationaux pour se procurer masques et respirateurs artificiels, alors que selon des chercheurs du Centre John Hopkins, confrontée à 100 jours d’épidémie de coronavirus, la demande de masques dans les hôpitaux du pays atteindrait les 136 millions de masques.

Un “système défectueux” pour Tom Banning qui le pousse à dénoncer “un cruel manque de leadership politique”.

© 2020 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP.