Virus: crise autour de l’OMS, l’Europe face au casse-tête du déconfinement

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Le Danemark a rouvert ses écoles mercredi alors que de plus en plus de pays européens s’efforcent de redonner de l’air à leurs économies en proie à la récession face à la pandémie de coronavirus, au coeur d’une crise sino-américaine à l’OMS.

Malgré l’alerte rouge sanitaire, le président américain Donald Trump a mis à exécution dans la nuit de mardi à mercredi sa menace de couper les vivre à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qu’il accuse de “mauvaise gestion” et de “dissimulation” dans cette pandémie partie de Chine fin 2019.

Le patron de l’ONU, Antonio Guterres, a vivement déploré cette décision, jugeant que ce “n’est pas le moment de réduire le financement des opérations de l’OMS ou de toute autre institution humanitaire combattant” la pandémie.

La Chine et l’Allemagne ont également fustigé mercredi cette initiative de Washington, premier bailleur de l’OMS, avec plus de 400 millions de dollars par an.

“Nous devons travailler en étroite collaboration contre le Covid-19. Un des meilleurs investissements est de renforcer les Nations unies, en particulier l’OMS”, a souligné le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

Au Danemark, près de la moitié des écoliers du petit royaume scandinave ont été invités à regagner leurs établissements, où les classes ont été aménagées pour offrir une distance de deux mètres entre les tables. Une reprise jugée prématurée par certains parents, pour qui un “enfant n’est pas un lapin de laboratoire”.

– La Corée aux urnes –

Les Coréens du Sud se sont eux rendus nombreux aux urnes mercredi pour les législatives, organisées comme un signe de résilience dans ce pays qui fut l’un des premiers frappés après la Chine, mais qui a su contenir la pandémie grâce à un dépistage massif.

Prise de température générale, isoloirs spéciaux pour les électeurs fiévreux, bureaux de vote dédiés aux personnes en quarantaine… “C’est très bien organisé”, a salué Kim Gwang-woo, 80 ans. “Les gens gardent leurs distances et tout le monde porte des gants.”

Malgré le confinement de plus de la moitié de l’humanité et une baisse de la pression hospitalière dans la plupart des pays d’Europe, la pandémie continue de tuer massivement et engendre une incertitude économique qualifiée de “considérable” par le Fonds monétaire international (FMI).

Ville la plus frappée d’Amérique latine, Guayaquil, en Equateur, ne sait plus que faire de ses cadavres. “Il n’y a de place ni pour les vivants, ni pour les morts”, s’alarme Cynthia Viteri, la maire de cette cité portuaire de 2,7 millions d’habitants où “deux cimetières supplémentaires” sont en cours d’aménagement.

– Les Etats-Unis principal foyer –

Près de 125.000 morts ont été dénombrés à travers la planète et les Etats-Unis sont devenus le principal foyer du Covid-19. Le pays a recensé plus de 2.200 morts supplémentaires en 24 heures, le plus lourd bilan journalier dans par un pays. Avec plus de 25.700 morts au total, pire bilan mondial.

Alors que la crise menace de se poursuivre encore pendant de nombreux mois, voire des années, le FMI s’est efforcé de chiffrer ses conséquences économiques, qu’il a déjà comparées à celles de la crise de 1929.

Pour l’heure, l’institution table sur une contraction de 3% du PIB mondial cette année. Avec quelque 9.000 milliards de dollars de pertes cumulées en 2020 et 2021. “C’est davantage que les économies du Japon et de l’Allemagne combinées”, a relevé son économiste en chef, Gita Gopinath.

Le recul pourrait se chiffrer à 7,5% dans la zone euro et approcher les 6% aux Etats-Unis. Et l’impact de cette crise qui “ne ressemble à aucune autre” pourrait être bien pire si l’activité économique ne reprenait pas au second semestre, a-t-elle prévenu.

– Moratoire sur la dette –

Dans ce contexte, le président français Emmanuel Macron a jugé “indispensable” un moratoire sur la dette des pays africains pour aider le continent à traverser la crise.

“Le temps de la crise, on laisse les économies africaines respirer et ne pas servir les intérêts de la dette”, a-t-il suggéré avant une réunion mercredi soir des ministres des Finances des pays du G20.

En Europe, plusieurs pays à l’instar du Danemark ou de l’Autriche, qui a rouvert mardi ses petits commerces non-essentiels, esquissent des plans de sortie progressive du confinement.

La Commission européenne, qui a présenté en fin de matinée sa feuille de route en la matière, insiste cependant sur la nécessité d’une “action coordonnée”, pointant à défaut le risque d'”effets négatifs sur tous les Etats membres”.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a par ailleurs a annoncé une conférence des donateurs le 4 mai pour la recherche d’un vaccin.

– Tour de France reporté –

L’Allemagne, relativement peu touchée (environ 2.800 morts) par rapport aux pays comparables en termes de population, doit annoncer mercredi un allègement des mesures coercitives, qui varient d’une région à l’autre.

Le président de l’Académie des sciences Leopoldina a toutefois déjà averti que les stades et salles de concert pourraient, dans le pire des scénarios, rester vides pendant 18 mois.

A l’arrêt depuis plus d’un mois, l’Italie (21.000 morts) a autorisé des réouvertures localisées et très limitées de certains commerces.

En Espagne, troisième pays le plus endeuillé au monde (plus de 18.000 morts), une partie des travailleurs ont repris lundi le chemin des usines et des chantiers, après deux semaines d’arrêt quasi total de l’économie.

La France a été le premier des grands pays les plus touchés (avec plus de 15.700 décès) à donner une date, le 11 mai, pour le début du déconfinement, qui sera progressif.

Deux nouveaux événements sportifs et culturels majeurs se sont ajoutés mardi à la liste de ceux touchés par le coronavirus: le départ du Tour de France cycliste sera reporté, peut-être au 29 août, et l’édition 2020 du Festival de Cannes pourrait prendre de “nouvelles formes”.

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