Washington lance un plan pour garantir l’approvisionnement en minéraux stratégiques

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Les Etats-Unis ont dévoilé mardi un plan pour garantir l’approvisionnement du pays en minéraux stratégiques et notamment en terres rares, indispensables à tous les équipements électroniques et auxquels la Chine a menacé de restreindre l’accès.

“Ces minéraux critiques sont souvent ignorés mais sans eux la vie moderne serait impossible”, a déclaré Wilbur Ross, le secrétaire américain au Commerce, affirmant que le gouvernement fédéral “prend des mesures sans précédent pour s’assurer que les Etats-Unis ne seront pas coupés de ces matériaux vitaux”.

Le plan d’action identifie 35 éléments stratégiques dont l’uranium, le titane et les terres rares, pour lesquels les Etats-Unis sont particulièrement dépendants de l’étranger.

Le rapport rappelle que pour 14 des 35 matériaux détaillés sur la liste, les importations représentent plus de 50% de la consommation annuelle des Etats-Unis. Pour 14 des minéraux listés, “les Etats-Unis n’ont aucune production nationale et dépendent complètement des importations”, note le rapport.

La Chine produit l’essentiel des terres rares de la planète, un ensemble de 17 métaux indispensables aux technologies de pointe et que l’on retrouve dans les smartphones, les écrans plasma, les véhicules électriques mais aussi dans l’armement.

– Menace subtile ou pas –

Et Pékin s’est plu à rappeler cette dépendance –pas seulement des Etats-Unis– le 22 mai quand Xi Jinping est allé visiter une usine de traitement de ces métaux stratégiques. Une manière subtile de laisser planer la menace de bloquer les exportations.

Ce geste fait suite à l’intensification de la guerre commerciale menée par Donald Trump contre la Chine mais aussi des lourdes sanctions prises contre le géant chinois des télécoms Huawei, que Washington soupçonne de favoriser l’espionnage par le régime.

Une semaine plus tard, le message était encore plus clair. “Si quelqu’un veut utiliser des produits fabriqués à partir de nos exportations de terres rares pour freiner le développement de la Chine, alors je pense que (…) le peuple chinois sera mécontent”, a mis en garde un responsable de la puissante agence de planification économique.

Mardi la menace s’est faite plus précise. La puissante agence de planification économique chinoise a tenu une réunion sur un possible “contrôle des exportations” de terres rares.

“Selon les suggestions des spécialistes (…) nous devons renforcer les contrôles à l’exportation et établir un mécanisme de traçabilité et d’examen pour l’ensemble du processus d’exportation des terres rares”, a indiqué la NDRC à l’issue de cette réunion.

En 2010, en représailles à un différend territorial, Pékin avait brutalement interrompu ses exportations de terres rares vers le Japon, mettant les entreprises de hautes technologies nippones en grandes difficultés.

– Six plans d’action –

Jusqu’au milieu des années 80, les Etats-Unis dominaient la production mondiale de terres rares, mais une catastrophe écologique dans la seule mine du pays a mené à sa fermeture en 2003, avant sa réouverture en 2011 après une flambée des prix.

Pour éviter de se retrouver dans la même situation que le Japon, l’administration Trump a bâti sa stratégie sur six plans d’action.

Washington compte ainsi accélérer la recherche, le développement et le déploiement de méthodes de recyclage et de réutilisation de ces minéraux stratégiques, trouver des alternatives et aussi diversifier l’approvisionnement et améliorer les processus d’extraction, de séparation et de purification.

De fait pour certains des minéraux concernés, les Etats-Unis disposent bien de la matière première mais pas du savoir-faire pour les rendre utilisables par l’industrie.

Washington compte aussi renforcer la coopération et améliorer le commerce international de ces minéraux avec ses alliés.

Le plan stratégique prévoit également de faire un recensement précis des ressources naturelles disponibles dans le pays pour pouvoir les exploiter. Mais il compte aussi faire la nomenclature de sources d’approvisionnement moins traditionnelles, comme l’extraction à partir de l’eau de mer ou de déchets du charbon.

Et comme elle l’a fait pour d’autres industries, l’administration veut déréguler pour accélérer les choses.

Le gouvernement veut enfin s’assurer qu’il disposera de la main-d’oeuvre qualifiée nécessaire pour mener à bien son projet et bâtir une base industrielle nationale solide.