Washington optimiste malgré la reconstruction d’un site de fusées en Corée du Nord

0
71

Les Etats-Unis ont affiché jeudi un optimisme à toute épreuve malgré la reconstruction présumée d’un site de lancement de fusées nord-coréen après l’échec du sommet entre Donald Trump et Kim Jong Un, assurant pouvoir toujours obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord d’ici début 2021.

S’appuyant sur de nouvelles images satellitaires, des experts américains ont rapporté jeudi que le site de Sohae (ou Tongchang-ri), qui comprend un pas de tir et une installation d’essais de moteurs de fusées, avait été rapidement reconstruit et était désormais “revenu à son statut opérationnel normal”.

Son démantèlement était pourtant l’une des rares promesses concrètes faites ces derniers mois aux Etats-Unis par le dirigeant nord-coréen.

Mercredi, alors qu’un début de reconstruction avait déjà été signalé par ces experts du Center for Strategic and International Studies (CSIS) et de 38 North, deux cercles de réflexion de Washington, Donald Trump avait prévenu qu’il serait “très, très déçu” par Kim Jong-un si ces informations devaient se confirmer.

Mais jeudi, semblant vouloir temporiser, le président des Etats-Unis a répondu de manière évasive: “On verra”, “on vous dira dans environ un an”.

Sans démentir le regain d’activité à Sohae, un haut responsable du département d’Etat américain a ensuite assuré à la presse que l’administration Trump n’était “parvenue à aucune conclusion précise sur ce qui se passe là-bas”.

“Nous ne savons pas pourquoi ils font cela” mais “nous allons clairement réclamer des clarifications sur les raisons” de la reconstruction, a-t-il expliqué.

Pour autant, ce diplomate a dressé un tableau optimiste de la situation, alors qu’à Hanoï, fin février, Donald Trump et Kim Jong-un, qui se rencontraient pour la deuxième fois, ont échoué à parvenir à un accord, butant notamment sur la question des sanctions économiques.

– Dénucléarisation avant 2021? –

“Nous pensons toujours” que “la dénucléarisation définitive et entièrement vérifiée de la Corée du Nord”, selon une définition très exhaustive, “peut être atteinte au cours du premier mandat du président”, qui s’achèvera en janvier 2021, a assuré le responsable, sous couvert de l’anonymat.

Prié de dire quel serait le dernier délai pour parvenir à un accord afin que cet objectif puisse être tenu, il a seulement répondu: “Le plus vite possible, car nous savons que chaque jour qui passe le défi est plus grand, et la menace que représente la Corée du Nord ne se dissipe pas”.

“Personne dans l’administration ne préconise une approche pas à pas. Dans tous les cas, la dénucléarisation complète de la Corée du Nord est une condition avant de passer à toute nouvelle étape”, a souligné le diplomate.

Dans l’immédiat, les équipes des deux pays doivent s’offrir “un temps de réflexion”, a-t-il poursuivi, sans dire si le contact direct avait été renoué. Le porte-parole du département d’Etat Robert Palladino a lui aussi assuré que les Américains étaient toujours “prêts à engager des négociations constructives avec la Corée du Nord”.

Selon les experts du CSIS, la reconstruction du site de Sohae “démontre” pourtant que Pyongyang peut rapidement “rendre réversibles toutes les actions prises pour démanteler son programme d’armes de destruction massive”.

“Il s’agit d’un défi pour l’objectif américain d’une dénucléarisation définitive, irréversible et vérifiable”, estiment-ils.

– ‘Exigences irréalistes’ –

Si Pyongyang n’a pas publiquement évoqué ses activités à Sohae, il a dénoncé, par le biais de son agence de presse officielle KCNA, les actuelles manoeuvres militaires conjointes américano-sud-coréennes, pourtant nettement réduites depuis que Donald Trump a décidé de mettre fin aux exercices de grande envergure pour conforter le réchauffement des relations avec le Nord.

“Les activités de mauvais augure entre les armées sud-coréenne et américaine constituent une violation injustifiée de la déclaration conjointe entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, ainsi que des déclarations Nord-Sud s’engageant à mettre fin aux hostilités et à réduire les tensions militaires”, a écrit l’agence.

Selon le directeur de 38 North, Joel Wit, “le danger est de voir le cercle vicieux s’engager, chaque camp prenant des décisions qui sapent” l’embellie spectaculaire engagée au printemps 2018 après des mois de menaces atomiques et d’insultes échangées par Donald Trump et Kim Jong-un.

La Chine, principal soutien diplomatique et commercial de la Corée du Nord, a jugé vendredi que le sommet de Hanoï avait été “une étape importante” vers la dénucléarisation sur la péninsule, mais que le problème ne pouvait “pas être résolu du jour au lendemain”.

“Toutes les parties doivent avoir des attentes rationnelles, ne pas fixer de seuil trop élevé dès le départ, ni poser unilatéralement des exigences irréalistes”, a déclaré devant la presse Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères.