L’Irlande du Nord complique le premier tête-à-tête Biden-Johnson

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Joe Biden et Boris Johnson se rencontrent jeudi pour la première fois en tête-à-tête et espèrent s’accorder sur un nouveau pacte, dans un contexte brouillé par le délicat dossier du Brexit et ses conséquences en Irlande du Nord.

Le premier déplacement à l’étranger du président américain doit marquer le “retour” des Etats-Unis après le mandat de Donald Trump, a souligné Joe Biden en arrivant mercredi soir au Royaume-Uni pour une tournée européenne qui l’emmènera du sommet des puissances du G7 à une rencontre avec Vladimir Poutine à Genève.

Il est venu avec la promesse, selon la Maison Blanche, d’un achat “historique” par son pays de 500 millions de doses de vaccins Pfizer/BioNTech contre le Covid-19 afin d’en faire don à 92 pays défavorisés via le dispositif Covax, “la plus grosse commande et donation de vaccins réalisée par un seul pays”.

Signe de l’importance accordée à la relation avec l’allié britannique, il démarre son voyage par une rencontre avec le Premier ministre britannique à Carbis Bay, station balnéaire du Sud-Ouest de l’Angleterre qui accueille à partir de vendredi à dimanche le G7.

Les deux dirigeants doivent signer une nouvelle “Charte de l’Atlantique” conçue sur le modèle de la Charte signée par Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt il y a 80 ans, pour réaffirmer les “valeurs” partagées et prendre en compte les nouveaux défis comme les cyberattaques ou la crise climatique.

Les tensions qui agitent l’Irlande du Nord depuis le Brexit viennent cependant assombrir le tableau. Joe Biden, fier de ses origines irlandaises, n’apprécie pas les tentatives de Londres de revenir sur ses engagements commerciaux envers l’Union européenne pris dans le cadre du Brexit.

La Maison Blanche a averti le gouvernement britannique que tout accroc à l’accord de paix de 1998 pourrait compromettre la réussite d’un accord commercial entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni, tant convoité par M. Johnson.

Selon le quotidien britannique The Times, la plus haute diplomate américaine en poste en Grande Bretagne, Yael Lempert, a accusé Londres d'”attiser” par son attitude les tensions en Irlande du Nord.

Avant le G7, une rencontre mercredi entre gouvernement britannique et Commission européenne n’a pas permis de résoudre les différends concernant les dispositions douanières post-Brexit spécifiques à la province britannique qui fragilisent la paix obtenue en 1998 et donnent lieu à des violences. A la place, les deux parties se sont accusées de mauvaise volonté et l’UE a averti qu’elle réagirait fermement en cas de mesure unilatérale de Londres.

L’accord dit du Vendredi Saint de 1998, obtenu avec l’implication de l’ancien président américain Bill Clinton, avait mis un terme aux violences entre républicains (majoritairement catholiques) et unionistes (surtout protestants) qui avaient fait quelque 3.500 morts en 30 ans en Irlande du Nord.

– “Engagement” pour l’Otan –

Au delà de ce sujet épineux, si les accents populistes de “BoJo” lui ont valu des comparaisons avec Donald Trump, fervent partisan du Brexit, le dirigeant conservateur est beaucoup plus en phase avec l’administration de Joe Biden sur les grands sujets internationaux comme la crise climatique ou les défis posés par la Chine et la Russie.

Quelques jours avant le sommet du G7, Londres a soutenu le projet de taux d’imposition minimal pour les sociétés défendu par Joe Biden.

La nouvelle “Charte de l’Atlantique” qui doit être annoncée jeudi doit affirmer que “si le monde a changé par rapport à 1941, les valeurs restent les mêmes” concernant la défense de la démocratie, la sécurité collective et le commerce international, a fait savoir Downing Street.

“Le président Biden et moi-même signerons une charte qui englobe la science, la technologie et le commerce et, surtout, qui souligne notre engagement commun envers l’Otan qui est indispensable à notre sécurité depuis des décennies”, a souligné Boris Johnson dans un communiqué. Il a appelé à “dissiper tout sentiment de morosité” et “montrer comment l’Otan envisage 2030 (…) protégeant nos alliés sur le flanc oriental de l’Europe et nos peuples dans les nouveaux domaines de l’espace et du cyberespace”.

Les deux dirigeants doivent également discuter d’une reprise des voyages entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis après la pandémie.

– “Démocraties unies” –

Si Boris Johnson préfère éviter l’expression traditionnelle de “relation spéciale” pour qualifier les liens entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, pour la Maison Blanche, l’expression reste valable. Joe Biden “affirmera la force durable de la relation spéciale” avant de souligner les priorités américaines au G7, notamment les valeurs démocratiques communes, le changement climatique et la reprise après la pandémie, selon sa porte-parole Jen Psaki.

Après le G7, Joe Biden rendra visite dimanche à la reine Elizabeth II au château de Windsor puis participera à Bruxelles au sommet de l’Otan avant un autre sommet avec l’UE.

Son long déplacement en Europe culminera mercredi prochain à Genève par sa rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine.

“Les Etats-Unis sont de retour!”, a lancé M. Biden peu après son arrivée au Royaume-Uni, reprenant ainsi le message qu’il martèle depuis son arrivée au pouvoir voilà cinq mois. “Et les démocraties du monde entier sont unies pour affronter les défis les plus difficiles”.

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