Passe d’armes entre Viktor Orban et Bruxelles sur l’Etat de droit

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A la veille d’un rapport sur le respect de l’Etat de droit dans l’UE, le conflit s’est envenimé entre Bruxelles et Viktor Orban sur le respect des valeurs européennes, question ultra-sensible pour Budapest et Varsovie qui menacent de bloquer le plan de relance européen.

La Commission européenne a manifesté mardi sa “pleine confiance” à sa vice-présidente, Vera Jourova, cible des foudres du dirigeant souverainiste pour avoir qualifié la Hongrie de “démocratie malade”.

Dans une rare démarche, Viktor Orban a écrit la veille un courrier à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour exiger la démission de la commissaire tchèque et annoncé que son gouvernement rompait tout contact avec elle.

Au cours d’un entretien à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel publié vendredi, Mme Jourova, en charge des Valeurs et de la Transparence, avait affirmé: “M. Orban aime dire qu’il construit une démocratie illibérale. Je dirais: il construit une démocratie malade”.

“Ces propos ne sont pas seulement une attaque politique directe à l’encontre du gouvernement hongrois démocratiquement élu (…), mais aussi une humiliation de la Hongrie et du peuple hongrois”, a réagi le Premier ministre.

Ils sont “en contradiction avec le rôle de la Commission comme institution neutre et objective entérinée par le Traité de Lisbonne”, a ajouté le chef du gouvernement de ce pays d’Europe centrale, membre depuis 2004 de l’Union européenne (UE).

La lettre, rédigée en anglais, a été publiée mardi par le porte-parole du gouvernement hongrois Zoltan Kovacs sur Twitter, et suscité des réactions indignées d’eurodéputés sur ce réseau social.

La Commission répondra à ce courrier et annoncé pour mercredi la publication d’un premier rapport très attendu sur le respect de l’Etat de droit dans les 27 pays de l’UE, selon une porte-parole de l’exécutif européen, Dana Spinant.

Ce rapport, qui doit devenir annuel, sera présenté à la mi-journée par Vera Jourova et le commissaire à la Justice Didier Reynders.

– Riposte de Budapest et Varsovie –

Il examine pour chaque pays la situation du pluralisme des médias, l’indépendance du système judiciaire, la lutte contre la corruption et l’équilibre des pouvoirs. Des domaines dans lesquels Budapest et Varsovie sont en conflit avec Bruxelles.

“Viktor Orban ou le gouvernement polonais se défendent toujours selon le même schéma: ils se réfèrent parfois à une loi espagnole similaire aux règles qu’ils édictent, puis à un règlement en Allemagne. C’est fini tout ça. Maintenant, on pourra comparer”, a expliqué Vera Jourova au Spiegel.

En riposte à cette initiative, la Hongrie et la Pologne ont annoncé lundi la création d’un Institut pour lutter contre “la répression idéologique libérale” et le “deux poids, deux mesures” des institutions européennes à leur égard.

Ces deux pays bloquent par ailleurs la procédure d’adoption du plan de relance européen massif décidé en juillet, en refusant que le versement des fonds européens soit conditionné au respect de l’Etat de droit.

Sur ce sujet, la ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, a rejeté une solution de compromis sur un mécanisme proposé par l’Allemagne, qui occupe la présidence de l’UE, le jugeant “inacceptable”. “Ce n’est pas le règne de l’Etat de droit, c’est celui du chantage”, a-t-elle dénoncé sur Facebook.

Viktor Orban, coutumier des tirades anti-Bruxelles, multiplie depuis dix ans les mesures controversées, et se retrouve régulièrement épinglé pour ses attaques contre l’opposition, les médias, les universités, les ONG et le traitement des demandeurs d’asile. En avril, Hongrie, Pologne et République tchèque ont été condamnées par la Cour de justice de l’UE pour avoir refusé d’accueillir des réfugiés après la crise de 2015.

Budapest est depuis septembre 2018 sous le coup de la procédure dite de “l’article 7”, déclenchée par le Parlement européen en cas de risque de violation des valeurs fondamentales de l’Union. Cette procédure, également lancée contre la Pologne par la Commission cette fois, peut en théorie déboucher sur des sanctions, dont la suspension du droit de vote du pays au Conseil, mais elle s’avère en pratique peu efficace.

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