Soudan: près de quatre mois de contestation antigouvernementale

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Le Soudan connait depuis près de quatre mois des manifestations, ciblées dans un premier temps contre la hausse du prix du pain avant de se transformer en appels à la chute du régime d’Omar el-Béchir, qui dirige le pays d’une main de fer depuis 30 ans.

Depuis le 19 décembre 2018, 32 personnes sont mortes selon les autorités. L’ONG Human Rights Watch (HRW) a parlé de 51 morts, dont des enfants et des personnels médicaux.

Des centaines de manifestants, répondant à l’appel de l’Association des professionnels soudanais, ont été emprisonnés par le service du renseignement (NISS).

– Manifestations contre le prix du pain –

Le 19 décembre 2018, des centaines de Soudanais manifestent dans plusieurs villes après la décision gouvernementale de tripler le prix du pain, objet d’une pénurie depuis trois semaines. Dans deux localités, des protestataires incendient le siège du parti au pouvoir.

Ces manifestations coïncident avec le retour au pays, après un an d’exil, du leader de l’opposition Sadek al-Mahdi, ancien Premier ministre chassé du pouvoir en 1989 par le coup d’Etat d’Omar el-Béchir et chef du parti al-Oumma.

– “Liberté, liberté” –

“Liberté, Liberté”, “le peuple veut la chute du régime”, scandent le 20 décembre des manifestants, dont huit sont tués dans des affrontements avec les forces de l’ordre.

Le 21, de nouvelles manifestations éclatent à Khartoum et dans la ville voisine d’Omdourman.

Le 24, Omar el-Béchir s’exprime pour la première fois et promet “de vraies réformes”.

Le 25, Amnesty International affirme que 37 manifestants ont été “abattus” depuis le début du mouvement. Le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la Norvège et le Canada appellent Khartoum à “éviter les tirs à balles réelles sur les manifestants, les détentions arbitraires et la censure”.

Le chef de l’Etat dénonce lui “des traîtres, des agents, des mercenaires” qui “sabotent” les institutions de l’Etat.

Le 27, les autorités annoncent que 19 personnes ont été tuées depuis le début de la contestation, dont deux membres des forces de sécurité.

– Tirs dans un hôpital –

Le 1er janvier 2019, une vingtaine de formations politiques réclament un changement de régime.

Le 5, Omar el-Béchir limoge son ministre de la Santé après une augmentation des prix des médicaments.

Le 9, les forces anti-émeute tirent à balles réelles dans un hôpital, pourchassant des blessées de manifestations à Omdourman, selon Amnesty.

Le 13, des manifestations ont lieu pour la première fois au Darfour.

– Béchir ne cédera pas –

Le 14, Béchir déclare que la contestation n’aboutira pas à un changement du pouvoir.

Le 17, des membres du Conseil de sécurité de l’ONU appellent Khartoum à respecter le droit de manifester. Les députés européens condamnent la répression.

Plusieurs médias étrangers sont privés de leurs accréditations.

Le 11 février, Human Rights Watch dénonce, vidéos à l’appui, des violences des forces de sécurité envers les manifestants, dont des tirs à balles réelles.

Le 21, plusieurs militants et opposants sont encore arrêtés à Khartoum lors d’une nouvelle marche dispersée vers le palais présidentiel.

– Etat d’urgence –

Le 22 février, le chef de l’Etat décrète l’état d’urgence et annonce le limogeage du gouvernement. Le 24, le nouveau Premier ministre Mohamed Taher Ela prête serment alors que les manifestants réclament toujours le départ du président Béchir.

Le 1er mars, M. Béchir remet les rênes du Parti du Congrès National (PCN) à Ahmed Haroun. Bien qu’en baisse en raison de l’état d’urgence et des nombreuses arrestations, la contestation se poursuit à Khartoum et Omdourman.

Le 6 avril, les manifestants rassemblés en masse parviennent pour la première fois à approcher le siège de l’armée à Khartoum. Un mort à Omdourman porte à 32 le bilan des personnes décédées, selon les autorités.

Le 7, des milliers de manifestants, rassemblés devant le siège de l’armée, appellent cette dernière à les soutenir dans leur opposition au président Béchir.