L’Irlande du Nord entre espoir et inquiétude après les élections britanniques

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Après trois ans de psychodrame sur le Brexit, la victoire électorale écrasante du Premier ministre Boris Johnson donne au Royaume-Uni une chance d’aller de l’avant, notamment en Irlande du Nord, bloquée politiquement par de profondes divisions.

C’est une page pleine d’inconnue qui s’ouvre pour la province britannique où la paix reste fragile et qui sort des législatives avec un paysage politique remanié, marqué par une progression des républicains favorables à une réunification avec l’Irlande.

“On sort enfin des limbes”, se réjouit Orlaith McKeever, occupé à préparer son stand avant le rush du midi dans le dédale d’échoppes du marché Saint George à Belfast. “Mais je pense que c’est un peu effrayant pour l’Irlande du Nord”.

Contrairement à l’ensemble du Royaume-Uni qui avait voté à 52% pour le Brexit, l’Irlande du Nord, avait, elle, choisi à 56% de rester dans l’Union européenne lors du référendum de 2016.

Elle s’est trouvée en première ligne de la crise par sa position géographique et le rôle clé qu’ont joué les unionistes nord-irlandais du DUP au Parlement britannique, en s’opposant aux accords de Brexit successifs alors que les conservateurs n’avaient pas de majorité sans eux.

La possibilité d’un divorce sans accord a fait craindre le retour d’une frontière physique avec l’Irlande. Le sujet reste très sensible après 20 ans de paix suivant trois décennies de “Troubles” entre républicains majoritairement catholiques et unionistes, surtout protestants, qui avaient fait près de 3.500 morts.

Après le scrutin de jeudi, Boris Johnson dispose de la majorité nécessaire pour remplir sa promesse de quitter l’UE le 31 janvier et n’a plus besoin du DUP pour gouverner.

“Comme beaucoup, je suis fatigué de tout ce tintouin autour du Brexit”, reconnaît Lawrence John, pro-Brexit. A 69 ans, ce vendeur d’instruments de musique se réjouit que “cela se fasse finalement, après tout ce temps”.

Même parmi les europhiles, le soulagement est perceptible. “On va enfin pouvoir avancer”, concède Jennifer Ward, une retraitée britannique vivant à un kilomètre de la frontière, “Mais on ne sait pas à quel point ça va être mauvais”.

– Réunification –

La vague conservatrice qui a conquis le Royaume-Uni lors du scrutin de jeudi constitue selon Boris Johnson “un mandat fort pour réaliser le Brexit”. Mais soulève de nouveau la question de la place de l’Irlande du Nord.

Pour la toute première fois, la province a élu à Westminster plus de députés républicains du Sinn Fein, partisans d’une réunification avec l’Irlande, que d’unionistes du DUP.

Un moment que la cheffe du Sinn Fein Mary Lou McDonald a qualifié d'”historique” sur la radio RTE, affirmant que le débat sur une réunification était désormais relancé.

“La question de la réunification de l’Irlande sera plus que jamais à l’ordre du jour”, a jugé auprès de l’AFP Jamie Pow, politologue à l’Université Queen de Belfast, relevant cependant que l’électorat des différents partis républicains restait minoritaire.

– Négociations lundi –

Avec le recul du DUP, l’Irlande du Nord perd une voix forte à Westminster puisque Boris Johnson n’aura pas besoin de leur soutien, contrairement à sa prédécesseure Theresa May.

Cela pourrait encourager les forces politiques nord-irlandaises à se pencher sur les problèmes locaux. La province est en effet privée de gouvernement décentralisé depuis 2017, le DUP et le Sinn Fein censés se partager le pouvoir ne parvenant pas à se mettre d’accord.

Des lundi, des négociations sont prévues pour tenter de relancer le processus.

Pour Jamie Pow, le DUP devra “montrer aux électeurs” qu’il peut régler cette question s’il veut “continuer à être considéré comme compétent”.

A peine renommé par la reine Elizabeth II après sa victoire électorale, Boris Johnson s’est entretenu vendredi par téléphone avec le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, convenant selon Dublin qu’il existe désormais “une chance importante de rétablir” les institutions locales d’Irlande du Nord.

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