Thaïlande: plusieurs milliers de manifestants pro-démocratie bravent l’interdiction de rassemblements

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Plusieurs milliers de manifestants étaient rassemblés jeudi soir dans le centre de Bangkok, défiant un décret d’urgence promulgué dans la matinée pour mettre fin au mouvement de contestation qui ose défier la puissante monarchie.

“Libérez nos amis”, ont crié des militants alors que plusieurs leaders du mouvement pro-démocratie ont été interpellés quelques heures plus tôt.

Un policier a lu à la foule, près de 3.000 manifestants selon une estimation de l’AFP, le décret d’urgence qui interdit tout rassemblement politique de plus de quatre personnes, expliquant que des actions légales pourraient être engagées.

Plusieurs des célèbres centres commerciaux de la capitale, proches du rassemblement, ont été fermés et des militaires ont été déployés autour de bâtiments gouvernementaux.

“Je prends un risque pour ma sécurité, mais je voulais quand même être là. La foule me protègera”, a déclaré à l’AFP Khamin, une étudiante de 20 ans.

“Je suis ici car le Premier ministre, un militaire, ne comprend rien à l’économie” du royaume, très tributaire du tourisme et en pleine récession depuis la pandémie de coronavirus, a relevé de son côté Korikat, un ingénieur de 50 ans.

Les autorités ont durci jeudi le ton à l’encontre du mouvement pro-démocratie qui défile depuis plusieurs mois dans le pays.

Elles ont promulgué ce décret d’urgence qui, outre l’interdiction de rassemblements politiques, proscrit “les messages en ligne qui pourraient nuire à la sécurité nationale” ou “engendrer la peur”.

Le gouvernement a justifié ce tour de vis en évoquant des manifestations “contraires à la Constitution”.

Il a aussi dénoncé l’obstruction d’un cortège royal par des contestataires mercredi, en marge d’un rassemblement qui a réuni plusieurs milliers de personnes devant la Maison du gouvernement à Bangkok.

Plus de 20 personnes ont été arrêtées jeudi. Parmi elles, Parit Chivarak dit “Penguin” et Anon Numpa, deux des leaders les plus virulents à l’encontre de la monarchie.

Anon Numpa a indiqué sur Facebook avoir été transporté par hélicoptère vers Chiang Mai (nord). Mon arrestation “est une violation de mes droits et la situation est très dangereuse pour moi”, a-t-il écrit.

D’autres têtes d’affiche de la contestation, dont Panusaya Sithijirawattanakul, appelée “Rung” (“Arc-en-ciel”), partisane elle aussi d’une ligne dure, ont été interpellées, d’après des images diffusées en ligne par des activistes.

Le mouvement pro-démocratie demande le départ du général Prayut Chan-O-Cha, au pouvoir depuis un coup d’Etat en 2014 et légitimé par des élections controversées l’année dernière.

Il réclame aussi une modification de la Constitution, mise en place en 2017 sous la junte et très favorable à l’armée.

Certains militants vont plus loin, exigeant une réforme de la puissante et richissime monarchie, un sujet tabou il y a encore peu dans le royaume, où le souverain est protégé par une des plus sévères lois de lèse-majesté au monde.

Contacté, le palais royal n’était pas disponible dans l’immédiat pour commenter.

– Défi inédit à la royauté –

Mercredi, plus de 10.000 manifestants pro-démocratie ont marché vers la Maison du gouvernement pour marquer le 47e anniversaire du soulèvement étudiant de 1973

Une voiture avec à son bord la reine Suthida, qui ne pouvait éviter le parcours de la manifestation, a été arrêtée quelques instants et des dizaines de militants ont levé trois doigts devant son véhicule.

La veille, d’autres activistes avaient fait au passage du roi Maha Vajiralongkorn ce même salut, inspiré par le film “Hunger Games”, des gestes inédits de défi à l’autorité royale.

Maha Vajiralongkorn, monté sur le trône en 2016 au décès de son père, le vénéré roi Bhumibol, est une personnalité controversée.

En quelques années, il a renforcé ses pouvoirs en prenant notamment directement le contrôle de la fortune royale. Ses fréquents séjours en Europe, même en pleine pandémie de coronavirus, ont aussi soulevé des interrogations.

Plusieurs centaines de partisans pro-royalistes venus saluer le cortège royal s’étaient massés le long du parcours mercredi, ravivant les craintes de troubles dans un pays habitué des violences politiques et qui a connu 19 coups d’Etat ou tentatives depuis l’établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932.

Malgré de brèves échauffourées, les deux camps ont toutefois maintenu leurs distances.

“De nouvelles confrontations entre les partisans pro-royalistes et le mouvement anti-establishement sont à prévoir”, avertit toutefois Thitinan Pongsudhirak, politologue de l’université Chulalongkorn. Le soudain tour de vis des autorités risque “d’accentuer les griefs de la jeunesse”, qui défile dans les rues depuis cet été, et du coup d’aggraver les tensions.

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